Questions existentielles (Partie 3)

Avertissement : déconseillé aux moins de 16 ans.

Avertissement : déconseillé aux moins de 16 ans.

Catégorie : 

Science-fiction/Anticipation

Auteur : 

Chiaramarino

Résumé :

Et si nous pouvions vivre plus de deux cents ans ?

Avertissement : déconseillé aux moins de 16 ans.

Questions existentielles (Partie 3)

Yannis prit ses aises dans son fauteuil, s’amusant de l’air sérieux du journaliste. Un jeunot, jugea-t-il en voyant ses cheveux blonds roux, qui ne devait pas avoir plus du tiers de son âge… Ce Frank Hubert lui semblait un peu coincé, et il choisit de s’attendre à tout.
« Première question, monsieur Petrakis : est-il vrai que de plus en plus de gens choisissent de vivre pour plusieurs siècles ? Et qu’entend-on par là ?
Y P : À vrai dire, le phénomène est récent, alors dire « de plus en plus »… Il n’y a guère, en France, que quelques dizaines de personnes qui le font. C’est un choix qui doit être réfléchi, d’autant que nous avons l’ambition de vivre jusqu’à trois ou quatre siècles, ce qui est déjà énorme. C’est pourquoi j’ai fondé, avec un ami, un comité d’éthique, qui a vocation à réfléchir à ces choses-là, à tous les problèmes que la décision de vivre aussi longtemps implique.
F H : Que voulez-vous dire par « phénomène récent », exactement ?
Y P : Une dizaine d’années, pas plus. Moi-même, en 2090, j’ai été le premier à atteindre le cap des cent-cinquante ans.
F H : Ce qui est remarquable, c’est que vous ne les faites pas…
Y P : Merci. Mais j’attribue ce fait à différents facteurs, en ce qui me concerne. Dans mes travaux, j’ai tout pris en ligne de compte. Si vous survivez au café grec, vous êtes mûr ! »
Frank Hubert regarda sa tasse toujours fumante, un peu inquiet.
– Je vous en prie… reprit Yannis. Pourquoi avez-vous éteint les casques ?
– Je… pardonnez-moi.
« F H : Et qu’ont révélé vos recherches, exactement ?
Y P : Déjà, il faut être un sujet sain, lorsqu’on est candidat à… la quasi immortalité. Depuis quelques années, nous le proposons à des jeunes d’une vingtaine d’années, ce qui simplifie beaucoup les choses. Passé l’âge de cinquante ans, en effet, si on a fumé, bu plus que de raison, si on est sédentaire, la quasi immortalité pourrait ne pas être pour vous. La difficulté est que, justement, nous sommes tous devenus de plus en plus sédentaires. J’estime d’ailleurs que les trottoirs roulants sont une erreur ! Et ce n’est qu’un exemple. Ensuite, il faut vraiment être convaincu de son choix. Vivre trois ou quatre siècles suppose que l’on sache comment s’occuper, se rendre utile. L’ami avec lequel j’ai fondé le comité d’éthique me disait il n’y a pas si longtemps que les mortels, ayant donc une mort… jeune pour horizon, connaissaient mieux le sens de la vie que nous autres, et en jouissaient davantage.
F H : C’est très paradoxal, ce que vous dites là… En effet, ce sont ceux qui aiment la vie, je suppose, qui veulent reculer l’âge de la mort…
Y P : Là, je ne peux parler que pour moi… C’est vrai, j’aime la vie, et j’en suis à ma cent-soixantième année… Nous y réfléchissons, avec ce comité d’éthique, pour repenser la question du travail, ou de toutes ces occupations qui nous permettent de passer le temps agréablement. Aimez-vous votre travail, monsieur Hubert ? »
– Fichu métier, songea l’interpellé, se coinçant de plus en plus, et il ne répondit pas.
Yannis le regarda avec un petit sourire narquois, toucha de nouveau son casque.
– Pardonnez-moi, reprit Frank.
– Je vous ai demandé si vous aimiez votre travail, monsieur Hubert…
– C’est moi qui dirige l’interview, répliqua le journaliste pour se donner une contenance.
Yannis réprima un soupir, et l’entretien reprit.
« Y P : Si je vous regarde, je conclus de moi-même que non… Et si on recule l’âge de la mort, on recule celui de la retraite aussi, et ce ne sont pas les seules implications…
F H : Voulez-vous dire que toute notre société est à repenser ?
Y P : Oui, je le pense, et je ne suis pas le seul. S’il le faut, nous devrons revenir un peu en arrière, ne serait-ce que pour bouger plus, et retrouver les sages principes de nos lointains ancêtres. Si je vis vieux, c’est aussi grâce à cela. En Crète, où je suis né, nous avons un régime très sain, et en outre, c’est une île, où nous vivons au grand air depuis des millénaires. J’y suis retourné l’an passé, et c’est encore assez préservé. Le spectacle de la Nature est bien plus beau que ce que Paris est devenu ! Je retrouve ces valeurs à chaque fois que je retourne à mes chers vignobles bordelais aussi, par exemple.
F H : Comment, vous buvez du vin ?!
Y P : Raisonnablement. Rarement plus de deux verres par jour. Je privilégie la qualité à la quantité.
F H : Excusez-moi, mais on pourrait dire ça aussi du temps de vie…
Y P : J’ai assez de contradicteurs au quotidien, alors ne vous y mettez pas vous aussi, monsieur. Mes recherches n’engagent que moi et mon équipe. Rien ne dit que je les mènerai à terme. Ça dépend de quantité de paramètres. Je me donne pour horizon l’année 2150. »
À ces mots, Frank Hubert se sentit pris de vertige, manqua défaillir. Yannis éteignit de lui-même son casque, et rattrapa le journaliste presque dans ses bras, lui tapotant les joues. Frank eut un faible sourire.

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