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Aël (Partie 3)

Ael

Catégorie : Littérature sentimentale

Auteur : Flora Lune

Résumé : Aël écoutait et observait beaucoup. Elle parlait aussi, mais prononçait peu de mots. C’est pourquoi, qu’on la connût bien ou mal, on lui attribuait, à tort ou à raison, un tempérament réservé. De plus, il était fréquent que sa place en cours fût vide, mais aucun de ses camarades ne pouvait dire pourquoi, bien que de nombreuses hypothèses eussent été formulées à ce sujet. Le plus étrange aux yeux de tous, y compris de certains de ses professeurs, était qu’Aël, malgré ses absences répétées, eût réussi à passer aisément en classe de seconde… alors qu’elle n’avait pas tout à fait treize ans à l’époque. Non, décidément, Aël ne pouvait pas appartenir à ce monde.

 

 

Aël (Partie 3)

 

 

Aël n’écrivait pas en cours, ou très peu. Quiconque la voyait en classe pouvait aisément croire qu’elle était perdue dans ses songes, mais il n’en était rien. La jeune fille était suspendue aux lèvres de ses professeurs, et buvait leurs paroles, avec l’attention d’un enfant à qui on lit une histoire. Parfois, elle avait envie de dire quelque chose, lorsqu’un propos la surprenait ou était en contradiction avec ce qu’elle connaissait. Mais, dans ces cas-là, elle se ravisait toujours. Eux, ils savent, se disait-elle. Cependant, par moment, elle ne pouvait s’empêcher, à la fin du cours, d’aller voir l’enseignant et de lui faire part de son point de vue, ou de ses interrogations. Certains enseignants lui manifestaient un peu d’agacement d’être ainsi retardés dans leurs horaires, d’autres, au contraire, n’étaient que trop heureux de pouvoir discuter avec un élève d’un sujet qui les passionnait. Mais, dans tous les cas, Aël n’avait guère l’occasion de discuter avec ses professeurs depuis quelques temps. Le baccalauréat approchant, ceux-ci étaient trop occupés par leurs classes de premières et terminales pour perdre une seule minute à la fin d’un cours. Bien souvent, Aël regrettait de ne pas pouvoir accélérer le temps, jusqu’à arriver, elle aussi, au cœur de ces grands moments qui marquent la fin du secondaire. Mon tour viendra, se disait-elle, tout en se plongeant par avance dans les sujets d’examens qu’elle récupérait dans les annales du CDI. Mais, malgré tout, des doutes l’envahissaient : et si elle n’y arrivait pas ?
Aël sortait ce jour-là d’un cours de mathématiques. Contrairement à beaucoup d’élèves qui avaient souvent des préférences bien nettes, Aël aimait les mathématiques autant que toute autre matière, pour la méthode et la rigueur à laquelle elle devait s’astreindre dans cette discipline, même si elle savait qu’elle n’en ferait pas son domaine de connaissances principal. Bien qu’il ne fût pas tout à fait deux heures, la lumière qui transparaissait par la seule fenêtre du couloir émanant du ciel noir au-dehors n’était pas sans faire penser qu’on était arrivé à la nuit sans passer par le crépuscule. La journée était déjà terminée pour Aël, mais celle-ci, qui devait attendre que son père sortît du travail pour venir la chercher, décida de se rendre, comme à son habitude, au CDI. Ce fut parvenue au palier du premier étage qu’elle la croisa. La fille des toilettes la reconnut tout de suite, mais parut hésiter. Aël lui adressa un sourire. L’autre, un peu gauchement, répondit d’un léger signe de sa main, toujours bandée.
– Tu vas mieux ? demanda Aël.
– Ça cicatrise.
Parlait-elle de sa main blessée ? Aël n’en était pas sûre, et au regard triste et perdu de la fille en face d’elle, ses incertitudes s’amplifièrent.
– Je…je vais au CDI, poursuivit la fille.
– Moi aussi.
L’autre n’ajouta rien, et toutes deux se rendirent ensemble à la bibliothèque des lycéens. Tandis que la fille mettait à jour ses emprunts, Aël s’installa à une table et se plongea dans la lecture d’un roman qu’elle avait commencé la veille. La fille ne tarda pas à la rejoindre et se mit à travailler de son côté. C’était la deuxième fois qu’elles se retrouvaient à la même table, sans échanger une parole.
Le temps orageux et le ciel sombre avaient obligé la documentaliste à allumer toutes les lumières de la salle. L’éclairage projeté sur les pages de son livre renvoyèrent à Aël une luminescence irritante qui la força à plisser les yeux. Mais, bientôt, le jaune terne devint si aveuglant que les lettres parurent se confondre, de sorte qu’Aël ne parvint plus à les déchiffrer. Elle referma le livre et posa ses mains à plat sur son front, les paumes contre ses paupières. Sa tête pesait une tonne. Il fallait qu’elle s’allonge. Elle se leva, vacilla un peu, mais parvint tout de même à marcher jusqu’à la sortie. Elle eut vaguement conscience que la fille des toilettes s’était levée pour l’accompagner, mais du reste, tout lui parut trouble, et elle dut tâtonner pour se diriger dans les couloirs et dans les escaliers. Quelques minutes après avoir quitté le CDI, elle sombrait dans un profond sommeil.
La première personne qu’elle vit à son réveil fut Catherine. Celle-ci lui sourit avec sa douceur habituelle, mais, avant qu’elle n’eût prononcé un mot, la porte s’ouvrit. Aël prit alors conscience qu’elle ne se trouvait plus au lycée mais dans la chambre qu’elle avait l’habitude d’occuper lorsqu’elle rendait visite à Catherine.

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