Appel d’air (Partie 3)

Appel d'air

Catégorie : Littérature sentimentale

Auteur : Chiaramarino

Résumé : Une vieille dame aux prises avec le Vide à qui il finit par arriver de belles choses…

 

 

Appel d’air (Partie 3)

 

 

– Non, tu le connais, il est assez secret…
– C’est bien ce que je lui reproche, grinça Joséphine. Pourtant, la mort d’Odette a dû le toucher…
– Bien sûr. Et nous aussi. Elle était adorable.
Joséphine et André échangèrent un sourire triste.
– Eh oui, on n’est plus tout jeunes… fit André en soupirant.
Le silence s’installa, mais bien vite, il changea de conversation, ce dont Joséphine lui sut gré. Mais comme elle sortait de l’hôpital, elle se sentait encore toute chose. Anne-Marie l’accueillit à bras ouverts, au sens propre comme au sens figuré, ce qui la revigora. Toutes deux parlèrent entre femmes, et Joséphine lui confia ce qui lui était arrivé l’avant-veille. Elle ne parlait plus si ouvertement, à présent, et cela lui faisait un effet étrange, de se livrer ainsi à la femme de son cousin. Anne-Marie était douce et bienveillante, comme à son habitude. Exactement ce dont Joséphine avait besoin, même si elle ressentait encore le froid dans son cœur. D’ailleurs, en se confiant plus intimement, elle eut quelques larmes, qui lui semblèrent toujours aussi glacées. Elle le dit à Anne-Marie, qui tentait de la consoler. Celle-ci lui parla comme une mère, bien qu’elle fût de l’âge de Joséphine. Et elle ne la lâcha pas. Elle fit manger Joséphine, qui croyait ne pas avoir faim, depuis son passage à l’hôpital. Mais le repas était appétissant, et tint ses promesses.
Après cela, Joséphine se sentit un peu gênée, n’osant s’imposer davantage, même si ses cousins la mettaient à l’aise. Cependant, ils comprirent, et vers trois heures, Anne-Marie ramena Joséphine chez elle.
– Je reviendrai, dit-elle.
– Quand tu veux, souffla Joséphine.
– J’aime mieux te voir ainsi. Il faut que tu voies du monde. Appelle-moi autant que tu veux. Et, peut-être, réessaye d’appeler ton frère…
Joséphine fit la grimace, ne répondit pas. Mais le soir venu, elle essaya quand même, sans plus de succès. En revanche, André, puis la cousine Charlotte, mise au courant, l’appelèrent.
– J’ai peut-être une solution, lui dit Charlotte. Je vais voir ce que je peux faire. En attendant, toi qui aimes jouer au Scrabble, pourquoi n’irais-tu pas dans un club ?
– Un club ? Je préfère aller marcher à la montagne de Reims…
– Pas en cette saison, voyons. C’est de chaleur humaine dont tu as besoin. En plus, mon frère m’a dit que tu as pris froid…
– Tu crois que dans les clubs, il y a des gens de mon niveau… intellectuel ?
– Il y a des gens bien partout, Joséphine. Tu pourrais avoir de bonnes surprises. Et ce qui compte, c’est la beauté intérieure, quels que soient les diplômes des uns et des autres.
– Hum oui…
– Ouvre-toi, Joséphine. Tu ne peux même pas compter sur Pierre… Je pense que je vais l’enguirlander, quand j’arriverai à l’avoir. C’est lui l’aîné, maintenant.
– Heureusement, j’ai de gentils cousins…
Joséphine sentait bien que Charlotte avait raison, même si elle hésitait, sur la question du club. En outre, d’eux tous, elle était la plus jeune. Partant, la plus vulnérable, à leurs yeux, d’autant qu’elle vivait seule. Leur sollicitude la touchait, en ces jours où elle se sentait le cœur si froid. Joséphine aurait dû se sentir apaisée, ainsi entourée. Elle se mit à secouer sa nappe directement dans la poubelle, à écouter la radio avant de s’endormir, craignant une nouvelle attaque du Vide. Sa famille, même un peu éloignée, l’appelait tous les jours, même son frère finit par réagir, s’excusant platement. Mais la plus belle surprise fut à quelques temps de là, quand Charlotte vint la voir, un petit panier en osier à la main.
– Je t’apporte de la compagnie, annonça-t-elle. Une petite boule de poils de ma chatte.
– Ooh ! s’exclama Joséphine. Comment ai-je pu ne pas y penser ?!
– C’est vrai que tu es assez indépendante. Mais tu es comme les chats… tiens, regarde.
Charlotte posa le panier, et tout de suite, le chaton pointa le bout de son nez. Il se redressa, montrant une petite tête charmante, grise et blanche.
– Qu’il est mignon ! C’est un mâle, ou une femelle ?
– Une femelle. Sors de là, petite chatoune !
Le chaton obéit, curieux. Il, ou plutôt elle, avait de grands yeux avec de l’or dedans. Joséphine se pencha, avança une main, et laissa le chaton la renifler, aux anges. Enfin, elle lui fit une caresse légère.
– Je ne crois pas que tu aies déjà eu un chat ?
– Mes parents en avaient, quand j’étais petite. Mais je n’en ai jamais pris un pour moi toute seule.
– Elle te tiendra compagnie. Si jamais tu veux t’absenter, dis-le-moi et je la garderai en t’attendant.
Joséphine eut un élan de tendresse et de joie, et se redressa pour embrasser franchement sa cousine.
– Et j’ai pensé à tout ! fit Charlotte en riant. J’ai une caisse pour la litière, la litière, une gamelle… et du lait pour chaton. Mais c’est à toi de lui trouver son nom.
Joséphine ne réfléchit pas longtemps, après avoir vu le chat renifler ses pantoufles.

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