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Cocon protecteur

Cocon protecteur

Catégorie : Fantastique/Merveilleux

Auteur : Chloé Garcia

Résumé : Ryn retourne sur la planète qui l’a vue naître et des images du passé viennent la perturber. Heureusement, son Vaisseau est là pour l’aider à affronter ses peurs.

 

 

Cocon protecteur

 

 

Je revenais peu dans cet endroit qui avait vu basculer ma vie. La disparition de mon père aidant, j’avais trouvé la force d’arpenter de nouveau cette planète aride, réchauffée par un soleil assassin. On disait qu’il avait fui le système et qu’il avait trouvé refuge chez des amis malfrats. Bon débarras.

– Ryn, comme d’habitude ?

Je me tournai vers un immense Monaï, un être à deux têtes et aux trompes qui pendaient dangereusement au-dessus du bar.

– Double ration cette fois, Sten ! m’exclamai-je avec enthousiasme avant de me diriger vers notre table habituelle. J’ai soif !

– C’est envoyé ma belle, me répondit-il avec ce sourire mielleux dont il avait le secret.

Je lui envoyai un clin d’œil malicieux. Sa « cantina », comme il aimait l’appeler, se trouvait au pied du plus grand astroport de la planète et attirait tous les curieux de passage. Toujours au rendez-vous, l’ambiance festive, dont les notes de musique endiablées s’échappaient par tous les côtés, appelait à l’insouciance. La qualité des boissons proposées ne déméritait pas non plus.

J’allai rejoindre mes collègues de travail, attablés depuis longtemps et à la mine fatiguée. La journée n’avait pas été de tout repos. Nous avions pourchassé des trafiquants de Bentanëi, de jolies créatures longilignes à la chevelure délicate, appréciées pour les plaisirs de la chair. Leur tristesse m’avait touchée. Mon humeur maussade avait heureusement disparu au son des accords apaisants de l’orchestre et du brouhaha des conversations animées.

Sten déposa ma commande avec délicatesse et repartit en m’envoyant un baiser. Amusée, je lui renvoyai son geste. Je bus une gorgée et me penchai légèrement sur le côté pour jeter un œil à travers la grande porte-fenêtre. Mon Vaisseau patientait dehors, parmi ses congénères, dans un large jardin prévu à cet effet. Les meilleurs salariés de l’établissement s’occupaient d’eux et les nourrissaient abondamment. Bien qu’ayant confiance, je ne pouvais m’empêcher de vérifier.

– Quelle est la prochaine mission ? demanda notre ingénieur d’une voix fuyante.

– Aucune idée. J’attends les ordres, dit notre capitaine avec sérieux. En attendant, je vous laisse quartier libre pour la fin de journée. Rendez-vous ici, demain, à l’aube.

Plusieurs de mes camarades se levèrent. Certains se dirigèrent à l’étage pour trouver un lit douillet, quand d’autres rejoignirent la piste de danse. Mon capitaine me fit un signe de la tête, se leva et s’éloigna. Seule, je bus tranquillement mon verre et m’imprégnai des effets étourdissants qu’il me procurait. La tête me tournait et des souvenirs plaisants resurgirent.

Cette cantina avait changé le cours ma vie. Sous l’arche d’entrée de son verger, j’avais rencontré mon compagnon ailé, alors tout bébé. Abandonné par sa mère, il avait réussi à se cacher des voleurs et des chasseurs, évitant ainsi d’être revendu au prix fort, ou de devenir un esclave. J’appris plus tard que les jeunes Vaisseaux draconiques étaient habituellement surveillés de très près et que personne, excepté les soigneurs de la guilde, n’en voyaient jamais. J’avais été chanceuse.

Ses yeux et ses cris plaintifs m’avaient attirée et, contre tout attente, il avait décidé de rester avec moi. La cantina était devenue mon second foyer. J’avais élevé Karerys en catimini, à l’abri d’un père autoritaire et criminel, qui n’aurait pas hésité à l’échanger contre de l’argent.

Mes prouesses aériennes avaient attiré l’œil du dirigeant de la guilde, qui s’était montré fort étonné du lien intense que j’entretenais avec mon dragon. J’avais intégré les rangs très sélectifs des Chevaliers Dragons et je vivais, depuis, un rêve éveillé. Sten m’avait aidée et mon père n’avait rien su. Il m’avait tout de même fallu du temps pour revenir sur cette planète, sans craindre de recroiser mon géniteur. Mes amis et mon Vaisseau avaient atténué mes angoisses et l’annonce de sa débandade m’avait soulagée.

Mon verre terminé, je me levai et me dirigeai vers les jardins.

**

Le sourire de Ryn m’apaisa et toute mon âme s’agita à son approche. Mon cœur de dragon battait fort et ses caresses sur ma peau rocailleuse m’émoustillèrent.

Ayant du temps, je décidai d’inspecter l’esprit de ma sœur de cœur. J’y décelai toute sa peine et cela me brisa. Les Bentanëi l’avaient marquée et je pris la décision d’aspirer sa souffrance en effaçant ces images douloureuses de son esprit. En quelques minutes, j’avais absorbé ces souvenirs et je la sentis se détendre. Je remplaçai ces parcelles de mémoire par d’autres de mon cru, plus optimistes et positives. Avec le temps, je m’étais perfectionné.

Le travail le plus difficile avait été la gestion des souvenirs concernant son père, un homme terrible qui l’avait battue, violée et humiliée depuis son plus jeune âge. Sa détresse m’avait blessé et, bien que tout petit et effrayé par l’espèce humaine, j’avais voulu la protéger.

Ryn était tout pour moi et je ne voulais pas qu’elle se souvienne de ce passé malsain, ou d’avoir assassiné son père.

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