Deus ex machina (Partie 3)

Catégorie :

Science-fiction/Anticipation

Auteur :

Chloé Garcia

Résumé :

Le Fléau est de retour et déploie ses forces obscures sur Mandar, une planète de feu et de désolation. Les humains, aidés par leurs Dieux, se défendent avec hargne et courage. Matin-d’Argent, Nuit-Bleutée et Aurore-Brumeuse soutiennent leurs troupes et entonnent des chants guerriers qui résonnent dans le cœur des soldats. Dieux et Hommes parviendront-ils à exterminer la menace qui gronde ?

Deus ex machina (Partie 3)

Une fois ma mission accomplie, je repartis au front, dans l’attente de me rendre utile à nouveau. Je ne combattais pas comme mes frères et sœurs. Mon rôle était tout autre mais d’égale importance. Je transmettais les ordres, m’occupais des mutilés, déplaçais des troupes et servais d’éclaireur. Encore jeune, je ne savais pas tout ce qu’un combattant devait connaître et ma force d’esprit s’émiettait à la vue de tant de tourments. Ma réincarnation ne datait que de quelques semaines, alors que le Fléau avait commencé à nous attaquer. Bien enfouis, tous mes souvenirs n’étaient pas encore remontés à la surface.

J’approchai des armées de Vent-d’Acier et de ses machines de guerre impressionnantes. Les mélodies hargneuses d’Aurore-Brumeuse s’entendaient clairement et donnaient un rythme aux soldats qui chargeaient les engins en cadence. Vent-d’Acier, un vaisseau immense, aux quatre moteurs surdéveloppés et aux canons dévastateurs, me fit signe pour que je m’écarte et ne reste pas dans les angles de tirs de ses troupes. Je m’exécutai avec souplesse et continuai à fixer le sol avec assiduité, attendant de détecter le moindre signe d’appel à l’aide de mes fidèles.

Ce fut alors que je le ressentis au plus profond de mon être. Tel un coup de canon, mon âme se fissura et je hurlai à en perdre haleine. Mes canaux télépathiques se rouvrirent d’eux-mêmes et je ne compris pas immédiatement ce que l’on me disait. Sourdes, mes oreilles ne parvenaient plus à s’ancrer dans la réalité et mes yeux, voilés, s’arrachaient à mon emprise. Je planais sans m’en rendre compte, quelques instants, avant de percuter une falaise. Le choc me réveilla.

– … vite. Matin-d’Argent, Aurore-Brumeuse a besoin du rituel. Sauve son âme et enferme-la dans un réceptacle, vite ! Matin-d’Argent, réponds-moi ! Matin-d’Argent, tu es le seul disponible, pitié, dépêche-toi, fais vite !

L’angoisse m’atteignit de plus belle quand je compris que ma mère avait succombé au Fléau et que je devais la sauver. Sa douleur avait été la mienne et m’avait brisé. Reprenant le contrôle, je fis demi-tour et, tout en esquivant colonnes de lave, projectiles et fumées, je volai à en perdre haleine pour la rejoindre. Un général que je ne reconnus pas, remplaçait déjà la Déesse et hurlait ses ordres pour que jamais la musique ne s’arrête et que les soldats se remettent en position. Courageux, il gesticulait dans tous les sens et communiquait sa rage, cette haine, causée par la perte de son chef, de sa divinité. Des larmes coulaient sur le visage de tous les soldats et leurs mouvements n’en devinrent que plus vigoureux. L’énergie du désespoir se lisait dans leurs regards désolés et leur donnait la force de se battre.

Lorsque j’atterris à leurs côtés, ils me firent rapidement de la place. Les débris du vaisseau éclatant qu’incarnait ma mère ne lui rendaient pas hommage. J’y décelai encore les couleurs qui lui avaient donné son nom, un mélange savant de violet, rouge, jaune et blanc. Sa carlingue, en partie déformée, avait été perforée par un projectile imposant et acéré. Le Fléau, imprévisible ennemi, découpait les falaises et nous les renvoyait en représailles.

Quelques corps éparpillés gisaient à ses côtés et les tambours, détruits, ne chanteraient plus jamais. Je transmis le maximum d’informations à mes confrères avant de continuer l’inspection.


« Mort au Fléau,
Nous aurons leur peau !
Morte dans la brume,
Renaissant dans l’aurore,
Nos âmes pour elle se consument,
Nos corps pour elle implorent ! »

Ces mots résonnèrent en moi et me touchèrent. Nos fidèles nous aimaient plus que de raison et ce lien indéfectible me renforça. Je ne devais pas pleurer la fin de ma mère mais m’enchanter de sa renaissance ! Immortels, les Dieux vivaient à jamais alors que leurs enveloppes se dégradaient ou périssaient. Ainsi allait notre cycle.

Nous gardions tous des réceptacles dans nos carcasses pour ce genre de situation. Ces cubes luminescents pouvaient protéger nos âmes le temps de notre réincarnation mais laissaient filtrer les souvenirs qui s’échappaient pour une grande part d’entre eux. Notre renaissance nécessitait alors un apprentissage poussé pour que nous redevenions pleinement nous-mêmes. Tous mes souvenirs ne m’étaient pas encore revenus et je travaillais dur pour me rappeler. Aurore-Brumeuse m’avait appris à voltiger et je lui retournerai la pareille tant que le sort ne s’acharnera pas sur moi.

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