Du jour au lendemain, je me suis retrouvée dans un film de David Lynch (Partie 2)

Catégorie : 

Fantastique/Merveilleux

Auteur : 

Lafaille

Résumé :

Lors d’une pandémie, le monde se retrouve confiné du jour au lendemain. Diane, l’héroïne, raconte entre rêves et réalité, ses journées.
Ne secouez pas trop la boule à neige, Diane vit dedans.

Note :

Si vous n’aimez pas l’univers de David Lynch, passez votre chemin.

Du jour au lendemain, je me suis retrouvée dans un film de David Lynch (Partie 2)

Mardi 17 mars 2020

Le téléphone sonne, ma mère est en panique, elle a peur pour moi, je la rassure, elle m’épuise, je raccroche.

Je prends une deuxième tasse de café, un rituel matinal, puis je me rendors.


Deux mois plus tard, je me réveille, complètement abasourdie par le monde de dehors. Sous mes fenêtres, ça grouille de partout, des humains et encore des humains, je perds pied, je m’affole, ce changement radical me donne la nausée, je cours aux chiottes vomir mes angoisses.

Ce mois de mai me paraît suspect, je m’étais habituée à ma vie en appartement, loin du chaos et du brouhaha assourdissant du monde, je dois désormais me réhabituer à la vie, cette satanée vie quotidienne. Je m’y refuse.

Deux mois et dix jours que je ne suis pas sortie. Le port du masque est devenu obligatoire dans tous les espaces publics et je l’ignorais jusqu’à ce qu’un vigile me tombe dessus. Cette altercation me rappelle un long moment de ma vie où je passais quelques heures de la semaine à chaparder les rayons des supermarchés de la haute distribution. Je suis fière de me dire que j’étais assez douée pour le vol, malgré deux trois moments où prise en flagrant délit, j’avais dû rembourser les victuailles et autres plaisirs : huîtres, champagne, dentelles, et petites culottes, chaussettes en grosse maille pour rester les pieds au sec, raquette de badminton pour tenter de lutter contre mon adoration insensée pour la paresse, et l’inaction.

Dans les rues de la ville, ça sent la délation, un air de collaboration se balade tranquillement, je préfère retourner me coucher.

En m’endormant dans cette couette protectrice de toute agressivité extérieure, je me dis que je me sentais étrangement bien pendant cette période de confinement. Un temps d’arrêt dans cette vie frénétique où le sexe et l’argent dominent tout, où les instincts les plus bas de l’homme se révèlent avec fierté sans relâche.

Le son strident de la peur semble au maximum, et je préfère me réfugier loin de cette musique abjecte que d’y participer. Je me sens loin du monde, et paradoxalement plus lointaine et étrangère lorsque la période de dé-confinement a commencé. C’est comme si j’étais sortie d’une hospitalisation psychiatrique d’un an, il faut se réadapter à la vie, et à cette réalité qui se doit d’être commune à autrui si l’on désire y participer. Je n’y participe pas. Je suis à côté.

Comme après une dépression, je me sens intouchable, décalée, loin des horreurs de cette vie contemporaine. Il y a un avant et un après le confinement, comme il y a un avant et un après la dépression.

Le téléphone sonne. Je reste au lit. C’est sûrement ma mère qui s’inquiète. Je ressens ce besoin vital de rêver, je plonge dans le sommeil. Et je revis. Les rêves me sauvent, ils sont souvent plus intenses et se révèlent plus profonds que la vie éveillée, il faut en prendre soin, les préserver, et ils prennent sens, ils sont la clé. Je me suis réveillée en sursaut, des cris jaillissent de la rue, on dirait qu’on égorge une pauvre bête, je me lève et j’aperçois à travers la fenêtre entrebâillée, l’enfant. C’est l’enfant aux grosses joues rouges qui hurle. Il veut une glace, sa mère ne veut pas, il est déjà trop gros son rejeton. Une femme traverse le passage piéton, elle ressemble étrangement à Marilyn Monroe, je pense que je rêve, mais en réalité, ce n’est pas le cas, elle existe bien cette Marilyn Monroe montée sur échasses, talons aiguilles rouges qui s’accommodent à son rouge à lèvres. Je tourne un instant la tête, une migraine pointe son nez, je cours vers la salle de bains chercher la petite pilule miracle, merde, merde, et merde, je n’ai plus rien.

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