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Greg (Partie 1)

Greg

Catégorie : Fantastique/Merveilleux

Auteur : Françoise

Résumé : Une promenade au parc devient une remise en question de la notion de temps qui passe pour cet homme banal, Greg.

Greg (Partie 1)

En ce début d’après-midi, le soleil brille derrière mes carreaux à la propreté douteuse. Je décide de me dégourdir les jambes. Depuis trois mois, la pluie joue sa partition toute seule m’empêchant de profiter du parc en face de chez moi. L’occasion est belle de sortir humer l’air du printemps car malgré la date du premier avril, cette saison n’a pas encore réussi à s’imposer. Un dimanche sans garde à l’hôpital, sans enfants car chez leur mère et sans « amis » car ils ne se manifestent plus depuis le divorce (et je ne vais pas me rabaisser à les appeler). Je suis donc libre de faire ce que je veux. La solitude ne me pèse pas plus que ça puisque je l’ai tout de même choisie, préférant occuper mes journées de repos à visionner des séries grâce à un abonnement. D’ailleurs, il y en a une que je n’ai pas terminée, mais il vaut mieux que je pense à autre chose.

*

Quel bonheur ! Cet endroit aménagé apporte un bien-être inestimable. Les arbres montrent leurs toutes premières feuilles, d’un vert tendre à faire se damner un écologiste. Quelques bourgeons par-ci par-là résistent à la tentation de faire éclater leur écrin de velours. Je foule les allées le nez en l’air, la tête dans les nuages. Tiens, je n’avais pas remarqué leur nombre. Ils me font penser à un troupeau de moutons, légèrement sales. Ils deviennent menaçants. Traversé par un optimisme insensé, je n’ai qu’une simple veste en jean sur les épaules. Pas de parapluie ! Rien que ce mot me donne la nausée. Maître du temps rappelle ta maîtresse, madame la pluie, et tiens-la enfermée à jamais ! Voilà mes pensées noires du moment. J’ai conscience de mon égoïsme car il en faut comme dirait mon père qui adore jardiner… Mais là, trop c’est trop ! On a frôlé l’inondation dans mon quartier au mois de janvier. Bon, arrêtons de ruminer.

Je reçois quelques gouttes, puis des bourrasques de vent font plier les maigres arbustes. Un éclair zèbre le ciel. Je dois vite trouver un endroit où me mettre à l’abri. Rester en-dessous du premier platane venu est déconseillé pendant l’orage et je crois bien qu’il arrive celui-là, le copain du Maître du temps. À la sortie du parc, je traverse au pas de course l’avenue, talonné par les griffures électriques. Avant de parcourir la distance jusqu’à mon immeuble, je m’arrête devant une vitrine de magasin. Depuis que j’habite ici, je n’avais jamais remarqué cette boutique. Intrigué et impatient de me protéger du déluge qui s’annonce, j’entre juste à temps. Des trombes d’eau se déversent derrière moi. Tu es détraqué Maître du temps ! De l’orage au printemps, on aura tout vu ! Il se garde bien de me répondre. Cependant une voix de crécelle, me fait entendre : « Vous désirez ? ». Je me retourne et constate que je me trouve parmi des montagnes de chapeaux et de babioles improbables, des pin’s et des écussons d’un autre âge. Le personnage qui me parle ne respire pas la santé. Son teint jaune n’a pas dû rencontrer l’air pur depuis belle lurette. Ses gros yeux luisants m’observent fixement tandis que ses mains s’activent à empiler des catalogues et des prospectus à côté de la caisse ainsi que sur le comptoir. Celui-ci sort tout droit du siècle dernier, en bois ciré, travaillé de moulures inutiles. Je réponds que je ne reste pas, je venais juste m’abriter. « Excusez-moi ».

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