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Hippolyte (Partie 3)

Hippolite

Catégorie : Littérature sentimentale

Auteur : Flora Lune

Résumé : Hippolyte, une identité volée.

 

 

Hippolyte (Partie 3)

 

 

Une vague de colère s’empara de son âme. À sa place, et pourtant… pourtant, le regard de cette élève de seconde était loin d’être insolite. Chaque jour, à chaque heure, Hippolyte devait faire semblant de ne pas voir ces regards interrogateurs, voire réprobateurs, qui se posaient sur son visage et sur son corps. Ceux qui connaissaient Hippolyte savaient. Ou croyaient savoir. Ou faisaient semblant. Hippolyte perdit le contrôle. Une vitre se brisa. Sa main saigna.

Hippolyte se trouvait en position assise sur l’un des lits de l’infirmerie. L’infirmière avait désinfecté sa main après en avoir retiré les éclats de verre, et lui confectionnait à présent un bandage. L’élève de seconde qu’Hippolyte avait suivie un peu plus tôt observait la scène.
L’infirmière n’avait fait aucune remarque sur le geste d’Hippolyte. Elle s’était contentée d’examiner la blessure, assez profonde et assez large pour que les soins en retinssent toute l’attention. En son for intérieur, Hippolyte la remerciait, tout en sachant que les représailles n’allaient pas tarder à pleuvoir.

Une fois sa besogne achevée, elle laissa les deux élèves pour se rendre à son bureau. La blonde s’approcha d’Hippolyte. Leurs regards se croisèrent. Elle sembla hésiter un moment. Hippolyte connaissait, avant même qu’elle se fût décidée à les formuler, les mots qui franchirent ses lèvres :

– Pourquoi t’as fait ça ?
– Je sais pas. J’ai pété les plombs. Ça peut arriver.
– Oui mais tu t’es fait mal. C’était pas nécessaire.

Quelques minutes plus tôt, l’emportement aurait saisi Hippolyte. Mais, la colère étant retombée, la lassitude lui arracha un soupir.

– Écoute… C’est gentil de t’en soucier, mais n’essaie pas de comprendre. Tu ne peux pas, et ce serait trop long à t’expliquer. Mais merci.
– Bien sûr que si je comprends. Du moins une partie de l’histoire.

Hippolyte la regarda avec un mélange de surprise et d’irritation. Mais, elle semblait sérieuse. Malgré son air naïf et son aspect juvénile, une réflexion profonde se lisait dans ses yeux.

– Je ne sais pas qui tu es, poursuivit-elle, ni ce que tu as vécu. Mais il n’y a que toi pour changer les choses. Je dois filer, j’ai cours. A plus tard, bon courage.

Et elle quitta l’infirmerie sans rien ajouter. Hippolyte fixa longtemps la porte qu’elle venait de franchir. Avant cet après-midi, cette fille n’était qu’une inconnue ; pire encore, une inexistante. Pourtant, en moins d’une heure, et bien qu’elle ne connût pas sa vie, elle était parvenue à déceler sa crise personnelle, et à trouver les mots, pourtant si évidents, qu’Hippolyte aurait aimé qu’on lui dît bien avant.

– Elle a raison. C’est de moi qu’il s’agit. Il n’y a que moi qui puisse changer les choses.

Hippolyte se leva. Mais, au même moment, l’infirmière revint et lui annonça que le principal l’attendait dans son bureau. Hippolyte s’y rendit, le pas traînant et l’humeur indifférente.

La discussion dura trois quarts d’heure. Le principal, plus humain d’attitude que d’apparence, posa un certain nombre de questions, chercha à comprendre. D’un tempérament calme et réservé, Hippolyte se fondait dans la masse, sans jamais se faire remarquer, fût-ce pour de bonnes ou de mauvaises raisons. Il n’y avait donc, d’ordinaire, aucun motif pour que quiconque lui portât attention. Cette nouveauté troubla Hippolyte, mais, aussi étrange que lui parût sa situation, son sens se dévoila immédiatement. Ni la fille blonde ni le directeur ne connaissaient Hippolyte, pourtant, tous deux semblaient s’être liés en ce jour pour l’aider, dans un accord tacite, à briser les barreaux de sa prison.

A l’issue de leur échange, le directeur, qui avait compris que l’acte d’Hippolyte n’était pas un acte de vandalisme délibéré mais plutôt la conséquence exceptionnelle d’un excès d’émotions, décida de ne pas lui infliger de punition plus sévère qu’un certain nombre d’heures de ménage et de service à la cantine. Son père aurait la réparation des dégâts à payer, et Hippolyte devrait très certainement lui rembourser la somme. C’était suffisant.

Hippolyte ne rentra pas ce soir-là. Son père fut averti d’un message, mais il n’eut pas son mot à dire. La rancœur de son enfant était encore trop vive pour cela. Nathan, qui était son meilleur ami au lycée, consentit à l’accueillir pour la nuit. Cela lui permit de réfléchir sur ce qui lui était arrivé, et ce qui lui arrivait. Son père avait tenté de l’appeler à plusieurs reprises et lui avait laissé plusieurs messages enflammés.
– Je viendrai te chercher de force si tu ne rentres pas ! avait-il hurlé.

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