Journal aléatoire d’un alcoolique en sevrage (Parties 31, 32, 33)

Avertissement : déconseillé aux moins de 16 ans.

Journal aléatoire d'un alcoolique...

Avertissement : déconseillé aux moins de 16 ans.

Catégorie : Biographies et Autobiographies

Auteur : Lafaille

Résumé : Un homme tente de soigner son addiction.

Note : Journal d’un homme au bord du gouffre, dépressif, et alcoolique.
Avertissement : déconseillé aux moins de 16 ans.

 

 

Journal aléatoire d’un alcoolique en sevrage 

Jour n°31 (Partie 31)

 

 

Quelle révolution ? Je tourne sur moi-même tel un fou en cage, moi aussi je fais la révolution, et bien coiffé en plus. J’ai toujours prêché la culture contre la nature, je suis un décadent, un hors-la-loi de bac à sable, un déchet. Je me refuse à aider ma prochaine, à chaque fois ça sent l’arnaque avec les bonnes femmes. Je suis un marin sur la terre, et je ne prends plus de femmes sur mon navire, elles portent malheur, sorcières !

Cette nuit, un chat est passé par la fenêtre, non il ne s’est pas suicidé, il est venu me voir dans mon plumard. Vous allez me dire que venir me voir équivaut au suicide, je vous vois venir, vous voulez me faire tomber, vous ne pouvez pas, je suis déjà un survivant. Ou déjà mort, c’est vous qui voyez. Je m’en tape comme de l’an quarante. Fout-Le-Camp et Reviens ont un nouveau copain, et mes rats de laboratoire aussi, ils vont peut-être arrêter de me bouffer le ciboulot, cannibales ! Elle a bon dos la nature.

Ce matin, bientôt midi, je donne du lait au chat, des croquettes aux loulous, ils inversent leur gamelle, vous croyez que ça m’amuse, vous vous foutez de ma gueule, ils font la loi maintenant, ah je vous jure heureusement que je vous aime, vous êtes gâtés pourris jusqu’aux os. Ils me le rendent bien.

Sans eux, l’alcool coulerait de nouveau dans mes veines. Ils me donnent la force de continuer, continuer quoi ? Je ne sais pas, et je ne sais même pas si cela a de l’importance, on va tous crever, alors ? On fait moins les malins maintenant ?

Oui je parle à des personnes imaginaires, elles sont beaucoup moins encombrantes que les vraies gens.

Allez hop je me sauve, j’ai un rendez-vous.

 

 

Jour n°32 (Partie 32)

 

 

Je me suis trompé de jour, le rendez-vous c’est la semaine prochaine.

Un rendez-vous ? J’ai vraiment choisi mon jour pour vous parler de ça, ça me fout les nerfs en pelote. Non je n’ai pas un rendez-vous amoureux, c’est fini ce tralala, je dois voir ma propriétaire, cette bourgeoise catho en mal d’aventures. Je vais encore devoir négocier. Non, elle n’aura plus mon cul. C’est fini, j’ai décidé de la payer réellement, qu’elle aille au diable madame je jouis et je réveille tout le quartier. Alléluia ! Quelle corvée ! Finies les humiliations.

Venez Reviens, Fout-Le-Camp, on doit acheter des timbres aujourd’hui, comme tous les mois je vais envoyer un chèque à ma femme. Oui, j’ai une femme, on n’a jamais divorcé elle et moi. Ça coûte trop cher. Et je ne parle pas de Fout-Le-Camp, non je vous parle d’une vraie femme, une avec des nibards et un cul à faire pâlir la Joconde.

Oui je suis un enculé qui a un jour aimé les femmes. Mais le temps a fait de moi ce que je ne voulais pas devenir, un misogyne hagard et frustré, une ordure qui ne se supporte plus.

Arrête de chialer espèce de gonzesse, il y a pire que les ruptures, il y a les maladies qui emportent les enfants, les guerres qui éclatent les ventres des femmes enceintes, les licenciements abusifs qui font de vous un être sans devenir, il y a…

Mais ça ne me suffit pas, je ne suis pas de ceux qui vont mieux en comparant le malheur et la cruauté ailleurs. Je suis mal, je suis un alcoolique qui ne boit plus.

Ah ben t’es là toi, je t’avais oublié, Mimine, viens faire un câlin. Ben vous êtes jaloux, je n’y crois pas, Reviens et Fout-Le-Camp, venez nom d’un chien, on doit sortir. Ça sera de votre faute je sors sans vous. Je ne peux m’y résigner, sans eux je n’avance pas, je ne peux marcher sans béquille.

Ah les voilà, hop, à tout à l’heure vieille chose à poils, vieux chat mangeur de souris, mon nouveau héros.

 

 

Jour n°33 (Partie 33)

 

 

Levé aux aurores, dormi trois heures, le ciel est encore bas pour se faire oublier, on attendra bien demain. Je ne suis pas du matin, un nouveau jour une nouvelle corvée, tenir debout encore et encore, ça fatigue un homme. Des heures à devoir se dire que tout ça n’est pas pour rien, je suis confus mais je n’y vois aucun sens. La mort se faufile dès la naissance, alors se battre, pourquoi ?

Café clopes et détour du regard vers ce passé d’alcoolique, trente-trois jours, un record.

Pourtant, je n’éprouve aucune fierté à tenir le coup, j’espère juste de ne pas retomber dans la profonde mélancolie de la première semaine d’abstinence, le vide au cœur et la boule au ventre, la gorge serrée, je ne respire plus.

Les bébés dorment, et la joie de se retrouver avec eux tous les matins me donne envie de pleurer, je suis au bord des larmes à chaque fois que je les regarde. Que voulez-vous, je suis un sentimental. Au premier abord, on pourrait croire le contraire, misogyne à tous les étages, la femelle mise au rabais, je ne suis pas sûr de pouvoir m’expliquer à ce sujet, je suis un paradoxe qui assume. Après tout, je ne suis pas là pour me justifier, et merde, la voisine du dessus est en train de se faire un délire post-adolescent à la con, je l’entends danser comme une folle, je l’imagine avec un balai-micro, devant la glace, se regardant le nombril et l’origine du monde dans toute sa splendeur. Ça craint !

Je je suis une catin, arrête Mylène de m’emmerder, putain la paranoïa revient, non pas SANDRINE, je ne veux pas te voir dans les escaliers lorsque je m’apprête à sortir Fout-Le-Camp et Reviens, nonnnnnnnnnnnn…

Il est quelle heure ? Putain, six heures, mais qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire ? On s’emmerde abstinent.

Ben t’en penses quoi toi Mimine, allez viens me faire un câlin, le vieux con est en manque d’affection.

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