Journal aléatoire d’un alcoolique en sevrage (Partie 91, 92, 93)

Avertissement : déconseillé aux moins de 16 ans.

Journal aléatoire d'un alcoolique...

Avertissement : déconseillé aux moins de 16 ans.

Catégorie : 

Biographies et Autobiographies

Auteur : 

Lafaille

Résumé :

Un homme tente de soigner son addiction.

Note :

Journal d’un homme au bord du gouffre, dépressif, et alcoolique.    

Avertissement : déconseillé aux moins de 16 ans.

Journal aléatoire d’un alcoolique en sevrage

Jour n°91

La liste, elle n’est pas achevée, au bout de trois mots, j’en avais déjà marre, ma vie me déprimait. Je n’avais rien, je n’étais rien. Je respirais, et avec ce que je m’étais mis dans les artères, c’était de l’ordre du miracle.

Mimine, quelle plaie celle-là. Dès que je prends un stylo pour commencer à écrire, elle se pointe, monte sur la table, s’installe sur la feuille, joue avec les mots. Animal de l’écrivain, mon cul. Ou je ne sais pas comment ils font ces foutus scribouilleurs avec leurs chats, ils les enferment, les torturent, je ne sais pas, je ne vois pas d’autre choix, c’est donc ça. Les écrivains sont des psychopathes.

Je ne vois pas d’autre conclusion.

Pour finir, j’ai lâché le stylo, j’ai pris mes chiens avec moi et j’ai décampé. Merde, sur le chemin j’avais tant d’idées en tête que je ne faisais que tomber au moindre obstacle. Mon esprit est dans mon corps, et inversement, je ne suis pas séparé, je suis un tout qui n’a rien de concret à dire ni à faire, quelle poisse. Je m’ennuie. Je m’ennuie de moi. Je me suis mis à courir, Fout-Le-Camp et Reviens me suivaient, aboyant de joie. Je crois qu’ils ne m’ont jamais vus dans cet état. Comme fiers de leur maître, ils sautaient, dansaient, aboyaient, montraient leurs dents décalquées de chiens de rue, me souriaient.

Décidé, demain je range.

Jour n°92

Ça ne se passa pas comme prévu. Et le numéro un de ma liste fut un échec. RANGER. Le bordel était si important que j’avais l’impression de danser nu dans la jungle, entouré d’animaux féroces prêts à m’avaler.
Des tonnes de choses accumulées, je ne me comprenais pas et me sentais englouti par la matière.

J’entendis ma voisine passer l’aspirateur, et l’imaginais en train de siroter un cognac vieilli par les années et la poussière, des bigoudis multicolores dans les cheveux, répétant je ne suis pas une femme facile. Ça me faisait marrer, mais je n’avançais pas. Je n’avançais jamais.

Fout-Le-Camp et Reviens dormaient encore, ça signifiait que je m’étais levé tôt. Trop tôt. Qu’allais-je faire si je ne me mettais pas à ranger sur le champ ? J’allumais une clope, puis une deuxième. Et une troisième. Je pensais à l’alcool, puis renonçais à y penser.

Il fallait me bouger.

Jour n°93

Quelle misère, une seconde je suis motivé, une autre décapité et je vacille comme les aiguilles d’une horloge entre deux mondes. Le tic-tac sonne dans mon foutu crâne, comme une épée de Damoclès non au-dessus mais à l’intérieur de moi, prête à me sonner le glas si je ne suis pas sage. Et je ne suis jamais sage.

Je sais que je suis capable de ranger, et comme je sais que je peux le faire, je ne fais rien. Je me vois ranger, et ça me désespère. Pouvoir se satisfaire d’un rangement potentiellement nécessaire m’arrache le cœur, se sentir utile pour ces simples gestes quotidiens me rabaisse dans mon fondement. Et je ne parle pas du fondement physique, je vous vois venir bande de dégueulasses.

Ainsi passent les journées sans que rien ne puisse changer. À bien y réfléchir, les choses et les gens ne changent pas, ce qui peut changer, ce qui peut bouger, c’est la manière dont nous nous positionnons par rapport à tel objet ou tel sujet ! Le reste est immuable. Putain, ça me déprime tout ce foutoir !

Venez Fout-Le-Camp et Reviens, on va faire un tour, mes états d’âme me déglinguent à un point tel que je serais prêt à passer par la fenêtre. Dommage, je vis au rez-de chaussée.

Toute façon, je suis déjà handicapé.

Ben vous êtes passé où ? Je ne vous vois pas. Et vlà que vous squattez dans mon lit, bande de paresseux, vous êtes mes héros !

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