Journal aléatoire d’un alcoolique en sevrage (Parties 109, 110, 111)

Avertissement : déconseillé aux moins de 16 ans.

Journal aléatoire d'un alcoolique...

Avertissement : déconseillé aux moins de 16 ans.

Catégorie : 

Biographies et Autobiographies

Auteur : 

Lafaille

Résumé :

Un homme tente de soigner son addiction.

Note :

Journal d’un homme au bord du gouffre, dépressif, et alcoolique.    

Avertissement : déconseillé aux moins de 16 ans.

Journal aléatoire d’un alcoolique en sevrage

Jour n°109

Quelle nuit ! Je suis si faible, si faible devant la chair. Je ne peux résister à la tentation, et je fonce comme un dératé dans la gueule de la louve. MA VOISINE. Je me retrouve une fois de plus dans son lit. Nu. Mais je ne suis pas Adam, et elle est loin de l’idée que je peux me faire d’Eve. Ma voisine est abîmée, je suis abîmé, la vie porte en elle l’abîme des cœurs meurtris, ceux des mal-foutus, des désincarnés, des voyous, des misérables, des mal-nés, des clodos intempestifs, des vagabonds éternels.

Une chose est certaine, je ne regrette en aucun cas mon saut de lion chez ma voisine, j’ai retrouvé mes loups. Lorsque je suis arrivé, Fout-Le-Camp et Reviens se sont rués vers moi. L’erreur, c’est d’être entré à l’intérieur, la voisine a complètement pété les plombs, elle a fermé à clé derrière moi et m’a dit avec ce sourire de sorcière : « Maintenant tu ne pourras plus m’échapper. »

J’ai hurlé si fort que Fout-Le-Camp et Reviens ont plongé au sol, les pattes sur les oreilles, le regard baissé. Elle m’a collé contre la porte, j’étais prisonnier de ses griffes, j’étais foutu. Elle m’a embrassé, et m’a dirigé vers la chambre, m’a poussé sur le lit en gémissant telle une lionne cherchant ses petits, désarmé, j’ai abdiqué. Elle a souri, j’ai voulu hurler de plus belle, plus rien ne sortait. Elle m’a mordillé le lobe des oreilles, j’étais aux anges. Elle savait la garce.

Venez Fout-Le-Camp, Reviens, on se casse, il est temps de mettre les voiles et de se tirer de cet enfer, il fait une chaleur de bêtes ici.

Jour n°110

Insomnie, une belle insomnie digne des plus belles nuits ravageuses de mon existence de pauvre mec enfermé dans ses délires maniaques du sevrage. La boîte aux lettres, maudite boîte aux lettres débordante de courriers indésirables : papiers administratifs en veux-tu, en voilà, et cette réclamation toujours plus réclamante d’une preuve de mes recherches actives d’emploi. Je suis handicapé, je ne vois pas pourquoi on me demande cet effort de plus, alors que vivre ressemble plus à un calvaire qu’à une aubaine.

Je devrais posséder deux boîtes aux lettres : une boîte pour les mauvaises nouvelles, une pour les bonnes. Finalement je ne pense pas non plus que ce soit une très bonne idée, la boîte aux lettres des mauvaises nouvelles dégueulerait alors que celle des bonnes nouvelles serait si maigre que ce moyen de les comparer me plongerait dans une tristesse infinie, sorte de résumé en boîte de ma vie de pauvre con abstinent.

Ah Mimine te voilà, elle s’installe sur mes genoux, ronronne, réclame ses caresses quotidiennes. Mais Mimine, faut que je me bouge, je dois écrire un courrier à ce cher administrateur me réclamant des preuves irréfutables de mes derniers efforts. Mais comment je vais bien pouvoir faire pour prouver ma bonne volonté, je suis en vie merde, ça devrait le satisfaire. Et non, il faut qu’il m’emmerde. Tu t’en fous toi t’es heureuse. Mimine ronronne, Fout-Le-Camp et Reviens, installés à mes pieds, m’observent du coin de l’œil endormi, prêts à sauter de joie dès que je bougerais le moindre petit doigt. Ne me regardez pas comme ça les amis, je me sens jugé.

Faut vraiment que j’arrête cette foutue codéine, j’ai de plus en plus d’hallucinations.

Jour n°111

J’y suis parvenu j’ai enfin dormi d’un sommeil de bête. J’ai juste entendu les délires de ma voisine, encore avec sa Mylène. Les loulous, papa est en forme, une petite promenade matinale avec vous, puis je file voir monsieur l’administrateur. Le soleil est revenu, et je me sens bien, profitons-en pour sortir de cette cage qu’on appelle une maison.

Je ne pense plus que très rarement à l’alcool, mon visage est détendu, le problème reste le sommeil. Je peux rester éveillé pendant soixante-douze heures et dormir quinze heures de suite. Je suis d’une nature excessive, en tout. J’ai fini par accepter ma condition, je vogue à présent dans un monde qui m’est totalement étranger. J’étais déjà ainsi, mais l’alcool m’aidait à feindre la joie d’être en compagnie, j’étais même le fanfaron de service. Je suis devenu ce que j’ai toujours été : un altruiste se cachant sous des airs de misanthrope. Je n’irais pas jusqu’à dire que je suis un philanthrope ce serait totalement faux, je ressens même une sorte de haine vis-à-vis de l’espèce humaine, et j’en suis la première victime. Je m’efforce donc d’attraper la joie comme on attrape enfant les papillons. Et comme ces petits êtres, la joie a des ailes, elle se casse loin des hommes dès qu’elle peut. Car le genre humain n’est pas doué pour le bonheur.

Mais en attendant, je profite de ces moments de grâce pour prendre la tangente et répondre à mes devoirs. Demain c’est certain je file chez l’administrateur, il est plus que temps de lui montrer que ma divine tendance à procrastiner a des limites.

Soleil soleil, allons Fout-Le-Camp et Reviens, allons danser sous la lumière tant qu’il est encore temps.

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