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Journal aléatoire d’un alcoolique en sevrage (Parties 112, 113, 114)

Avertissement : déconseillé aux moins de 16 ans.

Journal aléatoire d'un alcoolique...

Avertissement : déconseillé aux moins de 16 ans.

Catégorie : 

Biographies et Autobiographies

Auteur : 

Lafaille

Résumé :

Un homme tente de soigner son addiction.

Note :

Journal d’un homme au bord du gouffre, dépressif, et alcoolique.    

Avertissement : déconseillé aux moins de 16 ans.

Journal aléatoire d’un alcoolique en sevrage

Jour n°112

Je suis arrivé comme une fleur à l’agence pour les handicapés. treize heures trente, frais comme un gardon, rasé de près, et chiens sortis. Sur le chemin j’ai rencontré un groupe d’enfants qui retournait sur les bancs de l’école. Ils m’ont donné une pièce, je l’ai prise, et je me suis dit : « Mais j’ai l’air vraiment d’un clodo, pourtant merde je fais des efforts ». Si même les gosses me prennent pour un vagabond, alors l’agence. J’ai eu subitement envie de boire un verre. « Non non », me suis-je dit, « C’est trop bête, tu as passé des sales quarts d’heure depuis que tu es abstinent, et maintenant que ça se maintient, sors vite cette idée de ta tête. »

J’ai couru, cela faisait au moins quinze ans que je n’avais pas fait un tel exploit. Je découvris des muscles insoupçonnés, bon dieu de merde que ça faisait mal. Je ne sais pas pourquoi les coureurs aiment tant la course, les affamés du sport me donnent la gerbe. On dirait des junkies.

Je suis arrivé à destination, et je flippe. Ça aussi, cela faisait longtemps, je prends mon courage à deux mains, et j’entre dans cette salle d’attente aseptisée, musique de fond d’ascenseur ou de baise nuptiale pour bourgeois en plein bonheur, quelle horreur. Je fais mon poli, je dis bonjour à l’assemblée, nous ne sommes pas nombreux, deux femmes la quarantaine sont en fauteuil, un homme d’une trentaine d’années est unijambiste. Je suis le seul entier dans cette salle, et les regards que me portent ces gens sont emplis d’une telle haine envers moi que je décide de bouger, ils me font trop peur.

Je croise un agent et lui demande si monsieur Bozek est là, il me répond par l’affirmative, je saute de joie, je me dis que je n’ai pas fait toute cette route pour que dalle.

– Son bureau est au deuxième étage, au fond du couloir Monsieur. Mais il reçoit en ce moment, vous voulez que je l’appelle ?
– Oui je veux bien, vous êtes bien aimable.
– C’est mon métier qui vaut ça non ?
– Ben croyez-moi ou non, vous n’êtes pas tous comme ça.

L’homme ne répond pas, il manifeste sa gêne en se grattant la barbe avec ses ongles dégueulasses. C’est fou ça, à lui je parie que les enfants qu’il croise ne lui donnent pas des pièces. Je ne comprendrais jamais rien.

Jour n°113

Champagne ! Enfin, façon de parler ! Je vous rappelle chers camarades que je suis abstinent.
Monsieur Bozek a accepté de reconduire sans broncher ma pension d’homme inutile. Je ne dois même pas chercher ou faire semblant de chercher un travail, l’administration, c’est écrit noir sur blanc, a signé pour 5 ans de plus.

Je suis de nouveau libre de faire l’effort que je souhaite. Et les efforts, croyez-moi, ou pas, (d’ailleurs, ça vous regarde après tout) j’en fais tous les jours. Se lever, passer de l’état de sommeil à l’état de veille, m’a toujours été douloureux. Je ne sais pas comment font certains pour se réveiller sans transition, leur sommeil est-il si léger qu’ils ne remarquent même pas qu’ils dormaient ? Ou leur vie est-elle si insignifiante qu’elle ressemble sans interruption au sommeil ?

Avoir du temps, je le reconnais, est un luxe. Mais ce luxe est parfois terriblement éprouvant. Je ne sais pas ce que pourrait faire l’humanité si elle possédait tout mon temps d’oisiveté ? L’anarchie au grand complet et les excès seraient sans doute gratifiés par notre système de santé, de peur que la majorité se perde dans un dédale d’ennui, de beuveries, et de luxure acharnée, laissant les corps sans âme errer jusqu’à leur agonie.

Je digresse, viens Fout-Le-Camp, et Reviens elle est où ? Ah non j’espère qu’elle n’est pas encore fourrée chez la voisine, je vais finir par croire à un complot féministe inter-espèces.

Ah non te voilà, je n’ai rien dit, oui viens Reviens, on va montrer au monde combien on mérite notre paresse assumée, courir l’esprit libre de toute considération et ennui matériel. Mimine, on revient, ah toi aussi tu veux venir ? Viens dans mon sac ! On t’emmène sentir la bonne odeur de la France au chômage en quête de travail, de famille bien élevée, pâlissant sous les discours honteux de nos politiques jaunis par la finance.

Jour n°114

Ma chatte a adoré renifler l’air de la ville endormie. Plusieurs fois, elle a voulu sauter et gambader dans la pelouse du parc avec ses congénères les chiens. Chatte et chiens font désormais ami-ami. Ils ne se font plus la gueule, elle ne fait plus la gueule serait plus juste car c’est quand même Mimine qui fait ses airs de princesse. Les félins ont cet air aristo qui me force l’admiration, et parfois, le dégoût selon mon humeur et les nouvelles du pays. L’espèce canine, elle, est d’autant plus facile qu’elle est et ce n’est pas un cliché, fidèle à son maître comme l’est le citoyen à son président de la république. Enfin, ça c’était avant. Avant les réformes, avant la crise financière, et avant la désillusion politique. Puis quand même, Hitler adorait les chiens. Ça pose question sur la nature du genre humain. Moi aussi j’adore les chiens, je suis pourtant loin de l’idéologie nazie.

Mais je digresse encore. Mimine, l’aristo, a pour le coup voulu défier sa nature féline et courir à travers champs avec Fout-Le-Camp, et Reviens, les démocrates. Comme quoi tout peut arriver, même dans la nature, qu’elle soit domestiquée ou non.

Les trois compères en balade, et moi endormi sur un banc comme toujours, attendant Godot et consœurs.

Comme dans Godot, et Fin de partie, rien n’est venu. Et c’est tant mieux. Ma vie me convient, malgré les efforts incessants que je fais pour éviter de retomber dans les affres heureuses de l’alcool.

Codéine est toujours mon alliée principale, et elle assure.

La voisine est toujours la voisine, et les poussins de la République poussent toujours autant de cris de désarroi face à leur gouvernement, qui semble-t-il, et malgré son jeune âge, a toujours été sourd.

À croire que la branlette est une affaire universelle !

Putain faut que je me réveille, les chiens ne sont pas sortis. Oui Mimine toi aussi, désormais, tu vas avoir le droit à ton petit tour quotidien.

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