Journal aléatoire d’un alcoolique en sevrage (Parties 37, 38, 39)

Avertissement : déconseillé aux moins de 16 ans.

Journal aléatoire d'un alcoolique...

Avertissement : déconseillé aux moins de 16 ans.

Catégorie : Biographies et Autobiographies

Auteur : Lafaille

Résumé : Un homme tente de soigner son addiction.

Note : Journal d’un homme au bord du gouffre, dépressif, et alcoolique.
Avertissement : déconseillé aux moins de 16 ans.

 

 

Journal aléatoire d’un alcoolique en sevrage 

Jour n°37 (Partie 37)

 

 

J’ai retourné la télévision, sinon elle me hante. Même éteinte, elle me regarde, observe le moindre de mes mouvements, cette prétentieuse envahissante. Et pour entendre toujours cette rengaine, je ne veux plus.

La télé, c’est comme les femmes, au début on est attiré, après c’est les emmerdes, l’ennui, le désarroi, puis seul, on s’attache à la douleur, et on ne sait plus qui on aime vraiment : la douleur ou la femme. Vous voyez, je vais encore passer pour un con de misogyne, je m’en tape, je n’ai plus rien à perdre, à part mes bêtes. Quand ils seront partis, oh non je n’ose même pas y penser.

Hier j’ai fumé trente-deux cigarettes, j’ai aimé ça. Aujourd’hui, j’en suis malade. Mais j’ai aimé ça quand même. Avec l’alcool, je n’avais pas ce problème, je n’arrêtais pas. Pas un jour sans un verre. Et j’ai aimé ça aussi. Puis je me suis dégoûté, dégradé, nul, vide, j’ai tenté le dernier saut dans le vide : la cure. Elle n’a pas fonctionné, une fois sorti, j’ai tout de suite foncé vers le premier bar ouvert, et j’ai failli en crever. Ils vous donnent de ces trucs les docteurs, on est défoncé, et avec l’alcool, ça saute. J’ai sauté des centaines de fois, j’ai arrêté de sauter, puis j’ai ressauté. J’ai attrapé le mal-être à la moelle, et j’ai descendu dans l’estime de mes amis, j’ai perdu la vie, j’ai tout perdu. Je ne saute plus, depuis trente-sept jours. Mais j’ai peur, quotidiennement, d’un dernier plongeon dans les abîmes.

Fout-Le-Camp, Reviens, on sort j’ai le moral en dessous de la mer.

Jour n°38 (Partie 38)

 

 

La forme olympique, mais enfin pour quoi faire ? Je ne comprends pas pourquoi dès que je croise une connaissance, on me répète que j’ai bonne mine. On n’a pas le même miroir, ou le mien est trop sale, va savoir.

Il est quatorze heures et cinq minutes, Fout-Le-Camp et Reviens ne sont pas encore réveillés. Seul le chat me regarde interloqué par ma tenue de clodo en pyjama trop grand déambuler dans l’appartement à la recherche de je ne sais que foutre de ma vie version 127 D. On dirait un formulaire administratif qu’on laisse de côté, l’ennui prenant le pas sur le devoir.

Je me regarde dans le miroir, et stupéfaction, mes cheveux repoussent. Je suis content de cette repousse, la vie semble vouloir à tout prix reprendre le dessus. Elle est obstinée celle-là, une vraie garce. La salope. Le printemps pointe son nez, les oiseaux chantent, et moi je pleure comme un con sur mon sort de vieil alcoolo repenti.

J’ai décidé de prendre la tangente et d’essayer le bonheur, il se casse dès qu’il me voit, c’est fou ça. Je lutte, mon cœur palpite à mille à l’heure, je reprends mon souffle, je bois un verre d’eau, je retourne ma veste, n’y voyez aucun engagement politique, je prends Reviens et Fout-Le-Camp, je claque la porte. Je ne suis pas réveillé. J’ai oublié les clés. À l’intérieur.

 

 

Jour n°39 (Partie 39)

 

 

Évidemment, je suis resté sur les marches de la sainte église mère de dieu, les chiens ne sont pas admis. Les clodos non plus, sinon tous les temples du monde resteraient ouverts la nuit. Malheureusement, les religions tolèrent les pauvres à condition qu’ils dorment dehors. La classe ! La grande classe seigneur ! Mais revenons à nos moutons, brebis égarée que je suis.

J’ai donc attendu sagement assis sur les marches humides, avec Fout-Le-Camp et Reviens. Le plus difficile étant de résister à l’appel du verre, je ne sais pas comment ça se fait, mais en face ou quasi à côté de chaque cathédrale ou église de France et de Navarre se trouve un troquet.

Et enfin la vieille est sortie. Pas trop tôt. Je l’appelle comme ça depuis qu’elle s’est embarquée dans la lutte effrénée contre la vieillesse. Mais ma p’tite dame, on ne peut lutter contre ce phénomène naturel, la loi de l’attraction est bien plus puissante que votre guerre contre les rides et l’affaissement de vos courbes, il faudra vous y faire, vos pieds touchent déjà la terre qui vous recouvrira.

Merde, vlà que Fout-Le-Camp la poursuit, suivi de Reviens, sa fidèle. Je l’entends hurler, aidez-moi aidez-moi, quelle hystérique celle-là ! Je ne peux m’empêcher de sourire, la scène est si drôle, je me mets à sa poursuite, chèque en main. Madame, Madame, j’viens vous régler, ne vous sauvez pas, pour une fois que je suis de bonne foi. Putain, je ne me souvenais pas à ce point que courir est vraiment un acte contre-nature. Comme la chirurgie, ce n’est pas beau à regarder.

Fout-Le-Camp et Reviens, venez, ils ne viennent pas ces cons, putain merde, Fout-Le-Camp mord les mollets de la pauvre propriétaire, putain je vais encore avoir des emmerdes. Miracle, à mon sifflement, les deux reviennent à mes pieds. Madame, je mets le chèque dans votre boîte aux lettres, tous les fidèles me regardent, je suis jaugé tel un va-nu-pieds. Ils ne savent pas ces fidèles que pour moi c’est un honneur. La vieille ne bronche pas, ses yeux sortent de sa tête, je vous l’ai bien dit pourtant que la chirurgie ce n’était pas bon, on dirait un écureuil sous ecsta, on ne m’écoute jamais, c’est fou ça.

En route, comme vous êtes des relous première catégorie, on va s’taper un steak bien saignant. Ce n’est pas ma faute, quand je vois ma proprio, j’ai des accès de cannibalisme, il me faut du sang ! Elle n’avait qu’à bien se tenir la vieille. Mes toutous, vous êtes mes héros, mes amis, mes mères, mes protecteurs, mes joies. Santé à la race canine ! Je lève mon verre imaginaire à vous !

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