Journal aléatoire d’un alcoolique en sevrage (Parties 79, 80, 81)

Avertissement : déconseillé aux moins de 16 ans.

Journal aléatoire d'un alcoolique...

Avertissement : déconseillé aux moins de 16 ans.

Catégorie : Biographies et Autobiographies

Auteur : Lafaille

Résumé : Un homme tente de soigner son addiction.

Note : Journal d’un homme au bord du gouffre, dépressif, et alcoolique.
Avertissement : déconseillé aux moins de 16 ans.

 

 

Journal aléatoire d’un alcoolique en sevrage 

Jour n°79

Je m’étais comporté comme un con, mais ça ne changeait pas la donne, quoique je fasse, je m’attachais trop rapidement à la première venue. J’étais ma propre parenthèse à la vie, et elle, ma voisine, représentait une infime brèche de cette parenthèse. La situation me rendait à chaque fois plus aigri, plus taciturne, peu importe la femme, je tombais, et ne me relevais pas, de plus en plus petit à chaque rupture. Il y a des événements desquels certaines personnes ont du mal à se relever, et j’en faisais partie.

Malgré les douleurs abdominales récentes, l’envie frénétique de boire me reprit. Reviens et Fout-Le-Camp me regardaient, interrogés par mon attitude de larve en pyjama froissé par la nuit et les mains baladeuses de la voisine.
Je ne l’entendis pas de la journée, et je me mis à rêvasser d’une potentielle vie à deux. Non, non, non, je ne peux pas, je ne veux pas. Mimine, ben elle est où Mimine ? Elle s’est encore barrée, elle est en chaleur depuis un bon bout de temps, putain il ne manquait plus que ça, je n’ai pas du tout envie de tuer des chatons, je n’en ai pas la force.

Viens Reviens, Fout-Le-Camp, merde t’as encore tout bouffé, tu vas arrêter de mettre ton nez dans la litière de Mimine, manger des crottes, non mais heureusement que je t’aime Fout-Le-Camp parce que t’es vraiment un gros dégueulasse.

Allez, venez, on s’arrache respirer l’odeur de la pluie, papa a besoin de magie, la rue en offre souvent une panoplie, il suffit d’observer pour s’apercevoir combien le monde regorge de surprises, bonnes ou mauvaises, c’est le principe des surprises, on ne sait jamais.

Merde, j’ai oublié d’enfiler un jean, eh ben je suis beau dans mon pyjama rayé, une pauvre merde humaine esclave de ses émotions. N’y pense plus, sinon tu risques de retomber, au bout de ce temps passé sans boire, ça serait un peu con.
Putain, quel ennui !

Je m’ennuie de moi, je ne me retrouve pas, je suis perdu dans un moi effrité, je ne me reconnais pas, je frôle la schizophrénie, je me relève, pour tomber de plus haut. Je prends une telle hauteur que le vertige me prend le corps, je me rattrape à la laisse, mes chiens me sauvent, avec ou sans parenthèse.

 

 

Jour n°80

La voisine, elle me fout la paix, pour l’instant je suis tranquille, aucun bruit de son appartement ne descend jusqu’à chez moi. Je finis par me dire que je préférais entendre Mylène que rien du tout. Je change d’avis c’est fou ça cette inconstance qui me définit. On me trouve libre, je suis prisonnier.

Hier, après une pluie diluvienne, le soleil a tapé fort, et de ce temps, je m’endors. Je ne sais pas comment font les intellectuels du beau temps, je me suis demandé si c’était possible de réfléchir sous grande chaleur. Des gens d’Orient sont des intellectuels et des artistes brillants, je suis un ramassis de conneries, je ne sais pourquoi j’ai de telles inepties qui me traversent l’esprit. Peut-être parce que finalement j’aurais voulu une admiration des miens de mon vivant, et que j’en suis toujours là à chercher la petite bête, tant que j’ai une pointe d’admiration de mon entourage, tout va bien, je suis un alcoolique, et comme tout alcoolique, j’ai énormément besoin d’être aimé, plus que jamais depuis que j’ai arrêté l’alcool.

Deux heures de sieste, Reviens et Fout-Le-Camp allongés, tout près de moi, s’endormant d’un œil pour sécuriser le périmètre, avec eux, je peux m’endormir où je le souhaite. Ils veillent au grain.

C’est vrai hier, j’ai pensé tiens une vie à deux, pourquoi pas. Jamais je n’aurais osé frôler telle pensée lorsque j’étais un alcoolique actif. Non, je ne me retrouve pas dans cette vie sans alcool.

Il faut penser à tout, et je ne peux pas.
Je suis rentré bredouille de ma sortie, j’espérais la surprise, il n’y avait que du vide. Gens sans intérêt jusqu’à l’arrivée d’un caniche, se nichant au creux de mon bras replié. Comme moi, un pouilleux.

Réveillé, il était parti, et je me demandai si je n’avais pas rêvé. Certainement, quel être vivant pourrait encore s’intéresser à moi ?

Je me déteste, je m’apitoie sur mon sort, je suis une loque intégrale, je ne peux dire le contraire, je suis un véritable looser. Fout-Le-Camp, Reviens, Mimine, je peux ajouter à cette archée quoique j’en dise, ma voisine, et mon Docteur, eh ben ce petit monde me maintient en vie, et je ne devrais pas me plaindre, j’ai déjà cette chance, j’ai des êtres qui me soutiennent, malgré mon manque de volonté quant à admettre que des femmes peuvent me sauver. Cette idée me révolte, si je l’embrasse, je perds ce qui me reste de dignité, et c’est là que le bât blesse, j’aime les femmes. Autant que je peux les détester.

Je les déteste parce que je les aime.

Mimine est revenue ce matin, se lovant contre moi, avec l’odeur chaude de son haleine, elle m’a réveillé, il était treize heures.

 

 

Jour n°81

 

Un bon sommeil et c’est reparti comme en quarante. Sauf que je n’ai jamais connu le front. Donc pour le en quarante, oubliez. Je suis une mauviette, la guerre c’est pas pour moi. Quel abruti que je fais lorsque je parle ainsi, une vraie femmelette. L’amour non plus c’est pas pour moi.

Reposé, je peux enfin apprécier un jour sans alcool. Mais qu’il est long ce jour. Je ne sais pas pourquoi mais l’alcool ça raccourcit le temps, vous en pensez quoi vous, hein Mimine ? Tu t’en fous toi Fout-Le-Camp, t’as ton amoureuse, tu manges à ta faim, t’as un steak dans ton assiette toutes les semaines, que demander de plus ? Reviens, t’es où Reviens ? Encore à fouiner dans la litière du chat. Vous êtes des dégueulasses. Pas grave, je vous aime.

J’en étais où ? Ah oui que le temps est distendu, tendu, incompréhensible, je n’ai malheureusement pas d’ami physicien ou mathématicien vivant dans mon entourage. Ils sont tous morts. Hop, à la trappe les génies, ils buvaient. Ils en sont morts. Et pas d’explication. Les ingénieurs, à la place de construire des ponts dont tout le monde se contrefout, ils ne pourraient pas s’atteler à l’invention d’une eau capable d’absorber le temps comme l’alcool. Putain, il n’est que dix heures. Ce jour sans alcool me paraissait avenant à mon réveil, une heure après, ennui total.

Venez, on va emmerder la voisine !

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