La fille du marin (Partie 2)

Avertissement : déconseillé aux moins de 16 ans.

Avertissement : déconseillé aux moins de 16 ans.

Catégorie : 

Fantastique/Merveilleux

Auteur : 

Chiaramarino

Résumé :

Comment une jeune fille peut-elle accepter ses formes ?

Avertissement : déconseillé aux moins de 16 ans.

La fille du marin (Partie 2)

Deux jours plus tard, la classe devait aller à la piscine. Marion avait pleuré, chez elle, pour ne pas y aller, mais sa mère avait été intraitable. Aussi, la mort dans l’âme, elle parut en maillot de bain, dans les douches de la piscine. En réalité, elle aimait beaucoup nager, mais cela la dérangeait de montrer son ventre et ses cuisses. Et elle ne fut pas surprise, en entendant les quolibets. D’abord ceux des filles, puis ceux de la classe tout entière. L’enseignant finit par intervenir.
– Méfiez-vous ! Le prochain qui fait une remarque désobligeante, c’est deux heures de colle !
La menace eut son petit effet. De plus, le professeur de sport eut l’intelligence de ne pas faire comme si Marion était sa chouchoute. De fait, elle était une très bonne nageuse, et il le savait bien. Peut-être même la meilleure nageuse de la classe. Il savait que, dans l’eau, elle damerait le pion à tous. Il laissa faire. Histoire de rabattre le caquet de ses élèves, il ordonna une longueur en papillon, sachant très bien qu’une moitié de la classe ne saurait pas le faire. Marion arriva la première à l’autre bout de la piscine, dans un papillon impeccable. Le professeur la complimenta, mais sans insister. Marion était contente.
– Merci, murmura-t-elle.
– Tu sais, tu as un très joli sourire. C’est dommage qu’on le voie si peu.
Marion baissa la tête. Il comprit qu’il serait judicieux de ne pas en rajouter.
À la sortie de la piscine, les élèves étaient calmes. Ils avaient été forcés de reconnaître que Marion était meilleure nageuse qu’eux. Mais les garçons lui en voulurent, ils étaient très vexés. Ils méditèrent donc une vengeance. « Oui, les thons, ça nage », disaient-ils.
Marion, de son côté, s’attendait bien à des représailles. Elle l’avait dit à sa mère. Elle aurait voulu que celle-ci intervienne.
– Tu n’as rien dit, quand ils me sont tombés dessus, il y a deux jours.
– Tes camarades ont été sanctionnés. C’est très bien. Je ne vois pas ce que je peux faire de plus, lui dit sa mère.
– Si seulement tu décrochais de ton travail !
– Il faut bien que je travaille, ma puce. Je ne touche pas la paye de ton père, il en fait ce qu’il peut.
À cette évocation, Marion soupira. Son père lui manquait. Celui-ci était souvent parti, car il était capitaine d’un bateau. Il avait transmis son amour de la mer à sa fille. Tous deux s’entendaient à merveille, s’adoraient. Jamais il ne lui aurait fait du mal. Marion était persuadée que, si son père était resté à terre, il l’aurait soutenue, aidée. Leur maison n’était pas très loin de la mer, et Marion essayait de communiquer avec lui, par le vent, les étoiles, les vagues. Le soir, elle sortait de chez elle, et allait marcher le long de la plage, parlant comme à son père. Il faisait souvent bon, à Bordeaux. Marion aimait cette sortie nocturne. Sa mère la laissait faire. Elle savait que sa fille était raisonnable. Ce soir-là, Marion fit sa promenade, non loin de la mer, à parler aux éléments. Elle avait une voix douce, calme. Elle ne pleurait pas. Elle appelait juste son père. Le bruit des vagues lui répondait. Elle s’assit dans l’herbe pour écouter, se sentait bien. Elle respirait à pleins poumons.
– Marion.
Elle reconnut la voix de sa mère.
– Que fais-tu là ?
– Excuse-moi. Je sais que tu aimes cette virée. Mais je suis inquiète.
– Mais tout va bien, maman.
– Non, tout ne va pas bien. Veux-tu que je te change de collège ? Ou que je t’envoie à New York ?
– Ce sera pareil, maman.
– En Amérique, il y a plein de gens dans ton cas. Et tu aurais ton père.
– Pas plus qu’ici. Papa est sur son bateau.
– Il faut bien que tu ailles à l’école, pourtant. Mais je sens que tu n’y es pas bien.
– Là ou ailleurs… Souviens-toi, l’année dernière. Lou est arrivée un trimestre après tout le monde. Elle est restée la petite nouvelle à cause de ça. Jamais on n’oubliera mon poids.
– Il y a des pays où on pense à toutes les morphologies. Tu serais moins habillée comme un sac !
– Ah bah merci ! sauta Marion.
– Pardon… Mais…
– Va-t’en !
Marion était réellement fâchée, à présent. Elle cria encore :
– Fiche-moi la paix ! Je ne veux plus jamais te voir ici avec moi ! Jamais !
Sa mère frémit. Elle était inquiète.
– Je t’assure que tu es très jolie. Simplement…
– Tais-toi !
La mère préféra obéir. Elle comprenait qu’elle avait troublé la paix de Marion. Après tout, c’était son petit monde à elle. Elle rentra, le cœur lourd. Ce soir-là, chacune pleura de son côté. Marion lança des imprécations qui se perdirent dans la nature, avant de fondre en larmes. Une fois calmée, elle rentra aussi.

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