L'auréole
Auteur : Chiaramarino
Résumé : Un ange gardien menace de faire un burn-out…
L’auréole, 2èmepartie
– Ah, oui, ça y est ! J’ai eu la visite d’un pilote de Formule 1 qui voulait se réincarner, et dans la liste, il y avait ce nom…
J’ai blêmi, si c’était possible d’être encore plus blanc que je n’étais.
– Surtout pas ! Pas elle ! Ou alors, c’est que j’aurai définitivement rendu les armes ! Vanessa a encore eu un accident de voiture, et elle a été blessée.
– Alors tu as bien fait de venir me voir. Je ferai savoir de ne pas toucher à elle.
– Je te remercie, Gabriel. Mais moi, ai-je droit à un congé maladie ?
Gabriel a éclaté d’un rire clair.
– A moins que tu veuilles rendre les armes, comme tu dis ?
– Si tu me colles un pilote de Formule 1 là-dessus, c’est sûr, je te fais un burn-out…
Gabriel riait toujours.
– Allons ! a-t-il fait. Tu as besoin de repos, Glinglin, ça se voit. Celle-là te fera accéder à la sainteté. Sois rassuré. Va piquer un roupillon sur un nuage, un rêve t’inspirera. De mon côté, je vais chercher à interdire, peut-être, les réincarnations de pilotes de Formule 1….
Alors j’ai dormi. Et j’ai su.14 novembre
– Dis donc Caïus, qu’est-ce que tu fous là ? ai-je lancé la nuit dernière, alors que ma protégée dormait d’un sommeil profond, pour une fois.
– Qui me parle ? a fait une voix caverneuse.
– Glinglin ! Sors de cette femme, et plus vite que ça !
Une fumée grise est sortie par les narines de Vanessa, et s’est matérialisée sous la forme d’un petit diable.
– Qu’est-ce que tu me veux ?
– Te poser quelques questions au sujet de Vanessa… Mais allons parler ailleurs, veux-tu ?
Caïus a accepté de me suivre. Nous ne sommes pas allés loin : dans la cuisine.
– C’est la première fois que je vois une chose pareille, ai-je commencé. Es-tu un cacodaimon, ou un vrai diable ?
– Oh… je suis un diable de seconde zone, a reconnu Caïus.
– Et, comme tous les diables, tu veux la mort de Vanessa, je suppose.
– Euh… la mort, pas forcément. Le négatif en tout cas. La vie n’aurait pas de sel, sans nous.
– Tu philosophes ?
– Les diables aiment bien philosopher.
– Même les diables de seconde zone ?
– Oh, c’est pour le principe. Là, tu m’as démasqué… a dit Caïus en faisant la grimace.
– J’ai mes indics. C’est bien toi, n’est-ce pas, qui fais rouler trop vite ma Vanessa ?
– Je croyais que c’était une vraie blonde !
– Blonde, et encore bien pour son âge. Tu crois vraiment que je vais te laisser faire ?
– Il faudra me…
Je ne l’ai pas laissé finir. Tout en parlant, j’avais étendu le bras vers l’évier, et saisi une poêle à crêpes qui séchait. Et je crois que pour un coup d’essai, je m’en suis pas mal sorti. Le coup sur la tête a été net, précis, en tout cas assez pour estourbir Caïus. Puis j’ai fait apparaître un écouvillon qui suintait l’eau bénite, et suis tombé sur le diablotin en hurlant « vade retro, Satanas ! » Caïus a disparu dans une explosion, laissant une odeur de soufre dans la pièce. Le choc a été rude. Je ne sais comment, je me suis retrouvé coiffé de cette poêle. Et j’ai entendu le rire clair de Gabriel.
– Je le savais, que tu gagnerais ton auréole !
Honteux, je ne me suis rendu compte qu’à ce moment-là que la poêle était sur ma tête. Je l’ai ôtée de là, très gêné, me demandant si Gabriel ne se moquait pas de moi, par hasard. Il l’a compris, et m’a fait un bon sourire.
– Rassure-toi, a-t-il repris. Tu n’es plus un ange de seconde zone. J’ai regardé le dossier de Vanessa, et c’est vrai qu’elle n’est pas facile. Mais je te garantis que sans Caïus, elle n’aura plus d’accidents.
– Mais c’est madame Catastrophe…
– Mais ça, mon cher Glinglin, ça arrive à tout le monde… Il y a juste des gens qui font moins attention que d’autres. Ce n’est peut-être pas une sinécure, de s’occuper de Vanessa, mais ce sera de toute façon moins pire qu’avant.
J’ai baissé le nez.
– Alors mon auréole…
J’ai regardé la poêle, que j’avais reposée près de l’évier. Gabriel a souri.
– Excuse-moi, je n’ai pas été gentil, a-t-il reconnu. Mais tu l’as méritée, ton auréole. Une vraie, sans manche. Suis-moi au Ciel.
J’ai obéi. Le sourire m’était revenu. Sur le grand nuage-amiral, on m’a remis une vraie auréole. J’ai simplement l’impression, depuis, qu’une odeur de crêpe me suit… Une des rares choses que Vanessa sache faire en matière de cuisine !
FIN