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Le bal des Tulipe (Partie 3)

Catégorie :

Littérature sentimentale

Auteur :

Flora Lune

Résumé : À force de lire « Siméon le papillon » à mon fils, j’ai moi aussi eu envie de créer mon propre bal des Tulipe(s)… 😉

Le bal des Tulipe (Partie 3)

Plusieurs jours passèrent. L’énergie des enfants revint au beau fixe, et l’incident se fit momentanément oublier. Pourtant, les filles, et plus particulièrement Manaé, donnèrent bientôt un autre sujet de préoccupation à Monsieur Guichard. L’attention de l’adolescente déclinait ainsi que sa participation aux cours, elle oubliait ses devoirs, et parfois, en l’observant à la dérobée, il notait son regard perdu dans le vide, ses joues roses, et un jour, il la surprit même en train de gribouiller sur son cahier, alors qu’elle était supposée résoudre un problème de mathématiques. Silencieusement, il s’approcha d’elle.

– Puis-je savoir ce que tu fais ?

Prise d’un violent sursaut, Manaé se dépêcha de rayer l’inscription en marge de sa feuille. Monsieur Guichard eut toutefois le temps de deviner qu’il s’agissait d’un prénom, sans parvenir à le lire.

– Euh… Rien, rien Monsieur… je réfléchis à l’exercice…
– En gribouillant sur ton cahier ?
– C’est parce que ça m’aide, Monsieur.

Et le maître admira malgré lui l’aplomb avec lequel son élève avait proféré cet énorme mensonge, en le regardant droit dans les yeux.

– Alors dans ce cas, tu devrais pouvoir me donner la réponse ?
– C’est que… j’ai pas trop compris en fait.
– Pourtant, ce n’est pas si dur. On a fait le même genre d’exercice la semaine dernière et tu t’en es très bien sortie.
– Oui, mais…
– Moi non plus j’ai pas tout compris, Monsieur, intervint Julie. Vous pourriez nous réexpliquer ?
– Sérieusement ? Enfin, les enfants, ça fait des semaines qu’on est sur ce chapitre !
– Oui mais c’est un problème difficile…
– Bon… Quelles sont celles qui n’ont pas compris ?

À sa grande surprise, toutes les mains se levèrent comme une seule, même celle de Léa, qui excellait pourtant en mathématiques. Son exercice était-il donc si retors ? Le maître soupira et retourna à son bureau.

– Bien… Reprenons depuis le début, alors…

Cet après-midi-là, comme chaque mercredi, les filles avaient quartier libre pour se reposer, jouer, ou s’occuper à l’activité qui leur plaisait. Le soleil déposait une douce chaleur sur le pensionnat, et presque toutes ses élèves, les actuelles comme les anciennes, profitaient de ce temps agréable. Le maître, lui-même, s’était installé sur un banc à l’ombre d’un mûrier pour corriger ses copies. Mais, alors qu’il venait de noter celle d’Isabelle, il entendit la voix de cette dernière résonner à quelques mètres de lui.

– Manaé, il faut vraiment que tu sois plus discrète en classe ! On va finir par se faire prendre !

Surpris, Monsieur Guichard leva la tête. Assises à même la pelouse, une broderie dans les mains, Manaé, Isabelle, Camille et Mélodie semblaient en proie à un échange animé.

– Laisse-la Isabelle, intervint Mélodie, elle est amoureuse, c’est normal !

Le maître, qui avait commencé à lire distraitement le contenu d’une autre copie, s’interrompit brusquement. Amoureuse ? Mais comment diable Manaé pouvait-elle être amoureuse ? Et de qui ? Aucun garçon ne fréquentait le pensionnat, et ce dernier se trouvait à des lieues du village le plus proche ! Une fois par semaine, Monsieur Guichard y emmenait ses filles pour assister à la messe, avant de pique-niquer au parc et de leur donner champ libre pour le reste de l’après-midi. Y avait-elle rencontré quelqu’un ? Et si elle n’était pas la seule ? Inquiet, le maître tendit l’oreille. Manaé se récria.

– Mais non ! En plus, il est plus vieux que moi…
– Il a quatorze ans, et toi treize. Et ça ne l’a pas empêché de rester tout le temps avec toi la dernière fois…

Mais de quoi parlaient-elles ? Il pleuvait à verse lors de la dernière sortie, et à défaut de promenade, Monsieur Guichard avait gardé ses élèves sous le kiosque du jardin public, en les occupant à divers jeux et chansons, jusqu’à ce qu’un fiacre ne les ramène au pensionnat. Et, durant ce temps, aucun garçon ne s’était montré. Peut-être, Isabelle faisait-elle référence à une autre journée ?

– Amoureuse ou pas, reprit Camille, il faut vraiment faire attention… Je suis sûre qu’il nous surveille depuis que les petites ont failli vendre la mèche.
– Mais non, assura Manaé. Sinon, il serait plus sévère avec le couvre-feu. Quand je n’arrive pas à dormir, je vais parfois à la bibliothèque, et je ne l’ai jamais vu rôder…
– Oui, et ça aussi tu devrais arrêter…
– Oh, ça va, on le fait toutes…
– Oui mais l’autre jour, Noémie s’est fait prendre par Chloé…
– Mais Chloé est gentille, elle dit jamais rien…

Tout en se replongeant dans ses corrections, Monsieur Guichard sourit. En parlant de se montrer plus discrètes concernant leurs activités, les coquines venaient de lui fournir une information cruciale : pour une raison ou pour une autre, elles cherchaient à échapper à sa surveillance… Et il devenait impératif de comprendre pourquoi, surtout si des garçons étaient impliqués.

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