Le chant de la mer (Partie 2)

Le chant de la mer

Catégorie : Fantastique/Merveilleux

Auteur : Chiaramarino

Résumé : A un tournant de sa vie, Patricia découvre les profondeurs de l’océan…

 

 

Le chant de la mer (Partie 2)

 

 

Avec précaution, elle reprit peu à peu son souffle. Une claire lumière bleue illuminait l’océan, et elle étudia son interlocuteur. Un aileron pointait au-dessus de son dos, et ses pieds étaient pourvus de petites nageoires. Le corps était fuselé, vêtu d’algues aux reflets verts. L’être se déplaçait très facilement en nageant, mais à présent, il marchait sur le plancher de l’océan, au milieu des coquilles occupées par des bernard-l’ermite, des étoiles de mer, des algues sur de petits rochers.
– Bienvenue, dit-il, je m’appelle Séphélios. Je suis un lointain descendant des Atlantes. Et vous ?
– Patricia. Patricia Gaivota. Je fais partie d’un peuple qui a abrité de grands navigateurs, Vasco de Gama, Magellan…
– C’est amusant, fit Séphélios. Mon peuple n’a pas foulé la terre ferme depuis une trentaine de… siècles je crois, et vous, vous allez évoluer au fond des océans…
– Je croyais que le retour sur le plancher des vaches était possible…
Patricia avait tout de même un peu peur. Et si elle avait fait une sottise, en plongeant ?
– Rassurez-vous, c’est tout à fait possible. Vous réapparaîtrez sur la plage où vous avez plongé. Et vous pourrez revenir, si le cœur vous en dit.
Et Séphélios regarda Patricia en souriant. Elle le trouva presque séduisant, avec ce beau sourire. La forme de Séphélios n’était humaine qu’en apparence, et elle avait mille questions.
– J’ai signé pour une aventure, je crois, dit Patricia en souriant elle aussi. Mais où diable suis-je donc ?
– Au fond des océans.
– Au large du Portugal ?
– Oh, vous savez, peu nous importe le pays. Ici, ce serait plutôt une réalité autre…
– Mais vous parlez portugais.
– Dans l’Atlantique, c’est fréquent. Je connais l’histoire de votre pays.
– Ah bon ? Mais comment le savez-vous ?
– Mon père était un marin portugais sous la direction d’un certain Colombo. En tombant à la mer, il a rencontré sa sirène… et me voilà.
Patricia fut déconcertée.
– Mais Colombo… était génois. Italien.
– Mais il est parti de Lisbonne. C’est là, qu’il a affrété ses navires.
– Mais alors, quel âge avez-vous ?
– Peu importe. Ici, nous vivons tellement longtemps, que cela confine à l’immortalité.
– Et les sirènes existent vraiment ?
– Suivez-moi, invita Séphélios. Je vais vous montrer mon monde.
Curieuse, Patricia accepta. Séphélios s’éleva dans l’eau, et il suggéra de nager, plutôt que de marcher sur le plancher de l’océan.
– Vous serez sans doute vous aussi plus à l’aise…
Patricia acquiesça, poussa sur ses jambes, et s’aperçut que, là aussi, elle nageait très bien. Séphélios joignit les pieds, qui semblèrent former une queue de poisson, et donna un grand coup de reins. Patricia se mit à le suivre, façon dauphin. Elle était plutôt fine, taillée pour la nage elle aussi, à sa manière. Ils n’eurent pas à nager longtemps, et arrivèrent à quelques navires échoués là depuis quelques siècles. Séphélios se hissa sur le pont, et Patricia en fit autant.
– Suivez-moi encore. Sur vos pieds. Ce bateau revenait du Brésil, quand il a sombré.
– Mais où sommes-nous ?
– Dans une aire lusophone. Vous allez voir. Nous y avons fait quelques installations…
Stupéfaite, Patricia se retrouva, cinq minutes plus tard, dans une pièce pleine de livres. D’autres êtres, à l’image de Séphélios, étaient installés dans de bons fauteuils, à lire ou à consulter des cartes.
– Vous voyez, c’est une de nos bibliothèques.
– Mais comment avez-vous fait ? Les livres ne supportent pas l’eau !
– Je vous laisse découvrir. La civilisation à laquelle j’appartiens sait encore faire des miracles, depuis des millénaires que nous sommes là…
Patricia était fascinée. Elle avait envie de fouiner dans ces livres, mais aussi de parler avec les congénères de Séphélios. Une femme, plus petite qu’elle, aux formes rondes, se leva et vint vers elle, lisant de l’intérêt dans les yeux de Patricia.
– Bonjour, je suis Tatiana. Je vois que vous êtes nouvelle… Humaine ?
– Oui. Je m’appelle Patricia.
– Séphélios aime bien accueillir les nouveaux. Avec son dauphin de compagnie… Si vous n’avez pas peur des fonds marins, je peux vous faire découvrir mon monde mieux que lui.
Tatiana cligna des yeux, et ajouta :
– Non, pas mon monde. Notre monde. Ceci est une bibliothèque spécialisée lusophone. Nous en avons d’autres, un peu partout dans les océans du globe.
– Oh, je veux voyager avec vous !
Tatiana et Séphélios jaugèrent Patricia du regard.

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