Le lavoir
Auteur : Frédérique
Résumé : Je garde une image furtive de ma grand-mère Jeanne qui lavait le linge au lavoir en Bretagne. Le regard de mon papa m’a aidé à écrire Le Lavoir.
Le lavoir

Jadis, dans les plus petits endroits retirés des villages, se trouvaient des endroits qui réunissaient les femmes.

Ces endroits avaient été créés pour laver le linge.
Le linge d’autrefois avait l’odeur des prairies, bercé par le vent.
Il était battu à terre, pressé, étendu, brassé dans des grandes bassines. Ce linge était de la couleur de la vie quand un petit être naît. Blancheur et pureté que l’eau des ruisseaux permettait d’éclaircir.

Les femmes des alentours se retrouvaient à l’heure dite pour embrasser le temps ensemble. Les heures défilaient et les rires et les brassées de chaque battée annonçaient le travail ardu couvert par les voix des femmes.

La blancheur des draps qui avaient été savonnés redonnait la clarté à l’esprit le plus affaibli. Les femmes se relevaient, emportant dans leur baquet porté à flanc de côtes, le précieux linge. Les tissus séchaient à même l’herbe, étendus, comme l’auraient voulu les travailleuses méritant une pause, un moment délicat. Se poser comme on dépose un petit être dans son berceau.

Les femmes ou devrais-je dire ma mère, car je la voyais, moi, bien caché dans les bosquets ; je la voyais fatiguée, accroupie, le dos courbé, les mains remuant, pressant, étirant les draps, les vêtements de mon père.

Je regardais, émerveillé, ma mère reprenant sa bicyclette, le baquet sur le porte-bagages, remontant la côte – éreintée, le souffle court.

Les roues sillonnaient les chemins sans écart de conduite – et moi – derrière, marchant, m’enivrant de l’odeur du linge bien frais, m’interdisant cette tâche qui revenait à elle, ma mère, et ce durant tant d’années.

Et moi, jeune garçon insouciant, je m’endormais le soir paisiblement avec la sensation d’être unique, d’avoir une maman unique, qui, sans parler plus que de coutume, m’avait appris que la tâche des femmes était aussi rude que les travaux des champs ; que la plainte des femmes était le début de la reconnaissance, de la prise de conscience d’alléger leurs travaux.

Les lavoirs avaient laissé leur empreinte.