Les mystères de l’Orient (Partie 5)

Catégorie : 

Littérature sentimentale

Auteur : 

Chiaramarino

Résumé :

Et si une princesse avait un coup de foudre pour un autre que son mari ?

Les mystères de l’Orient (Partie 5)

Annabelle respira à part elle, et ils se séparèrent quelques mètres plus loin, partant dans des directions opposées. Jeannette menait les amoureux, qui ne se touchèrent pas tant qu’Arnaud était à leurs côtés. Après son départ, Karim obliqua vers son campement, et Jeannette repéra le chemin. Ce n’était pas très loin, et Nourredine arriva peu après eux, jetant enfin sa branche d’arbre pour marcher de son pas habituel. Tous se regardèrent, se sourirent.
– Je réponds de vos actes, princesse, dit alors malicieusement Jeannette, et Nourredine réprima un rire.
– Je vais fumer une pipe, je l’ai bien méritée, déclara ce dernier.
– Grand merci à tous, fit Karim.
– Jeannette, reste avec nous. Karim et moi ne ferons rien de répréhensible.
– Sauf quelques baisers, ma princesse… reprit Karim, et il l’enlaça enfin.
Jeannette s’assit un peu dans l’herbe, puis eut l’idée de ramasser des mûres. Elle avait pris un panier, au cas où elle pourrait le remplir de fruits sauvages et de champignons, se servit au passage pour elle-même, tandis que Karim et Annabelle échangeaient des mots d’amour. Mais ces derniers avaient peur de rester trop longtemps ensemble, alors Jeannette et Annabelle rentrèrent, non sans avoir fini de remplir leur panier ni, pour Annabelle, de manger des mûres, constatant du même coup que l’appétit lui était revenu.
Quand elles rentrèrent en leur château, Arnaud n’était pas encore revenu, mais Annabelle n’était pas tranquille. Jeannette lui suggéra d’aller se débarbouiller, ce qu’elle fit. Mais le soir à table, Arnaud raconta ce qu’il avait vu, en plus Annabelle dévorait la nourriture à nouveau – « un signe », assura le jeune prince. Le roi Léon entra dans une colère terrible ; Gauthier était plus peiné qu’autre chose. Et la menace royale s’accomplit : Annabelle fut enfermée dans la tour, la plus haute du château. Du fait de sa hauteur, il y avait de grandes fenêtres, par lesquelles personne ne se serait risqué – à moins de vouloir en finir avec la vie. Plus jeune, avec son frère, Annabelle avait appelé cet endroit « la tour des bêtises ». Et Jeannette fut renvoyée séance tenante.
Mais la brave suivante ne perdit pas le nord. Comme elle avait repéré le chemin, elle courut au campement des musiciens, pour les prévenir.
– Ya Allah ! s’exclama Karim, dont le sang ne fit qu’un tour, et il bondit sur ses pieds. Abdallah ! On laisse tomber les chevaux ! Malik, Nourredine !
– Je vous demande pardon ? fit Jeannette sans comprendre.
– Nous avons un autre moyen de locomotion, lui expliqua Karim, puis il donna des ordres.
Tandis que ses acolytes les accomplissaient, il sortit, aidé de Jeannette, un grand tapis, qu’il déroula. Jeannette en fut émerveillée : le tapis, rouge et or, était finement brodé de dessins, de caractères qu’elle ne connaissait pas. Ses franges tressées ondulaient, alors qu’il n’y avait pas un souffle de vent. Karim le mit dehors, et la lune l’éclaira. Le musicien s’assit en tailleur dessus, muni de la flûte de Malik, puis demanda :
– Jeannette, voulez-vous rester avec nous, et traverser les mers ?
– Oh mon Dieu ! Mais…
– Cette histoire vous a coûté votre place, rappela Abdallah.
– Vous n’avez pas intérêt à rester ici, ajouta Karim. Si vous avez vos affaires, restez avec nous.
– Mais le voyage va être très long ! Et Annabelle, que deviendra-t-elle ?
– Je vais la chercher. Vous m’avez dit qu’il y avait de grandes fenêtres à la tour. Dans une heure, je reviendrai avec elle.
– Mon Dieu, mon Dieu ! Mais qu’allez-vous faire ?!
– Rassurez-vous, brave Jeannette, intervint Nourredine. Vous ne connaissez pas les mystères de l’Orient… Faites-nous confiance. Abdallah, Malik et moi allons tout vous expliquer.
Et, sous les yeux effarés de Jeannette, le tapis s’éleva au-dessus du sol, au son de la petite flûte de Malik. Il prit de l’altitude, puis Karim se dirigea vers le château. Jeannette en était tombée dans les bras d’Abdallah.

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