Les perles de Nasya (Partie 18)

Les perles de Nasya

Catégorie : 

Fantastique/Merveilleux

Auteur : 

Lim

Résumé :

Les gens de la ville ont peur des enfants. C’est pourquoi ces derniers vivent dans des pensionnats clos jusqu’à leur maturité.
Les douze élèves sélectionnés en classe de dernière année sont isolés du reste des enfants, puis présentés à quatre professeurs, chargés de les préparer à des vérités volontairement cachées. Ils suivent les cours sous une surveillance armée. Apprennent l’histoire de NASYA, leur monde ; la raison pour laquelle un dôme l’enveloppe entièrement. Étudient leurs rêves – ébauches de vies antérieures – à partir de perles conçues durant leur sommeil.

Les Perles de Nasya (Partie 18)

– L’homme, représentant la colère du peuple, et le roi Connrad montèrent en haut de la Tour Royale, accompagnés d’ingénieurs, lorsqu’une force les colla contre le plafond ! C’était comme si la gravité avait rendu l’âme. Ils pouvaient voir au-dehors des corps s’envoler toujours plus haut. Autre fait inexplicable : alors que certains s’envolaient en essayant de s’accrocher à n’importe quoi, d’autres s’écroulaient à terre, comme victimes d’une attaque cardiaque foudroyante ! Puis la gravité revint, causant des chutes mortelles. Personne ne savait ce qui se passait, et personne ne s’approcha plus près du sens véritable de la peur qu’au moment d’après. Un ébranlement métallique terrifiant viola l’esprit des Nasyans. Leurs oreilles se mirent à saigner à cause de ce fracas immonde qui avait franchi les limites de leur raison.
Monsieur Brun se força à calmer sa respiration. Il semblait vivre son récit comme si les événements s’étaient produits la veille.
– La torture exercée sur l’armature de carbyne avait causé une brèche dans laquelle s’étaient engouffrées des créatures inconnues sans nombre, guidées par les pires intentions destructrices. On baptisa plus tard ces créatures de ce nom : les Sylvéides. Elles volaient au-dessus des contrées de l’est, et ne restait parfois dans leur sillage qu’un abîme béant. Les Nasyans s’étaient battus inégalement contre ces créatures ; ceux qui n’en avaient pas le courage fuyaient un combat vain.
Mais de la brèche étaient aussi venus les sept sauveurs de NASYA. Les élus du Chaddaï. Ils étaient humains comme nous, mais savaient voler comme les Sylvéides. La paix et l’annihilation se départageraient au cours d’une seule bataille. Les sept anges la livrèrent avec une ardeur telle que la moitié de nos terres fut engloutie dans la mer et les gouffres abyssaux. La victoire sur les démons nécessita un grand sacrifice. Suite à quoi le roi Connrad referma la brèche avec l’aide des élus du Chaddaï, jetant un coup d’œil à l’extérieur du monde, et gardant cette observation secrète.
Voilà comment notre calendrier débuta : la première génération fut les trente années qui suivirent la venue salvatrice des élus du Chaddaï.
Sue semblait hypnotisée par toutes ces informations qu’elle transcrivait frénétiquement sur son épais cahier.
Monsieur Brun consulta la petite horloge de son bureau et décréta la pause déjeuner, après une dernière question. Il balada ses doigts sur son bureau de verre.
– « Pourquoi les gens de la ville ont-ils peur des enfants ? » Parce que tant que vous êtes des enfants, tant que vous n’avez pas une perle d’âme attestant de votre identité, qui peut dire que vous n’êtes pas un Sylvéide ?
Les élèves froncèrent les sourcils.
– Mademoiselle Losada vous expliquera tout sur l’origine et le fonctionnement d’une perle d’âme, alors permettez-moi de vous apprendre ceci : durant l’invasion des Sylvéides, des hommes avaient été horrifiés de constater que ces créatures étaient capables de « ressembler » à une de leurs victimes. Affublés d’un visage humain, leurs méfaits n’en étaient que plus perfides. La paix retrouvée, des Sylvéides s’étaient cachés dans le genre humain en vivant parmi nous. Nous ne savions combien il en restait ; elles se jouaient de nous, commettant des crimes odieux quand le désir du sang était plus fort que la dissimulation. Trente-huit générations plus tard, la paranoïa est toujours profondément ancrée chez les Nasyans. Comme les enfants n’ont pas de perles d’âme qui peuvent confondre leur vraie nature, la méfiance collective partira du principe que de votre doux visage puisse surgir une créature malfaisante. C’est pour cela que les enfants grandissent dans les pensionnats, loin des villes, jusqu’à leur maturité. Pour la sérénité du peuple, et votre propre protection.
Monsieur Brun partit en les laissant compléter leurs notes, et leur rappelant le code à composer pour le réfectoire.

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