Les perles de Nasya (Partie 3)

Les perles de Nasya

Catégorie : Fantastique/Merveilleux

Auteur : Lim

Résumé : Les gens de la ville ont peur des enfants. C’est pourquoi ces derniers vivent dans des pensionnats clos jusqu’à leur maturité.
Les douze élèves sélectionnés en classe de dernière année sont isolés du reste des enfants, puis présentés à quatre professeurs, chargés de les préparer à des vérités volontairement cachées. Ils suivent les cours sous une surveillance armée. Apprennent l’histoire de NASYA, leur monde ; la raison pour laquelle un dôme l’enveloppe entièrement. Étudient leurs rêves – ébauches de vies antérieures – à partir de perles conçues durant leur sommeil.

 

 

Les Perles de Nasya (Partie 3)

 

 

Shaellah arrêta sa marche subitement. Son attention, hypnotisée par la perle de rêve blanche posée sur le bureau de verre.
– C’est ta perle de rêve ? demanda Shaellah, les yeux écarquillés.
Elle se pencha lentement vers le bureau pour la voir de plus près, entendant vaguement la réponse négative de Lim Ledah.
– Blanche, reprit-elle. Fascinant…
La contemplation ne fut altérée par le moindre commentaire, et soulignée par la mise en veille du miroir.
– Elle est belle. Vous avez visionné son contenu ?
– On allait justement le faire, dit Sun Abi.
– C’est une très bonne idée ! répondit Shaellah en allant s’asseoir au bord du lit.
Sun Abi avait cru l’éconduire subtilement, non pas l’inviter.
Elle avait fait exprès de mal comprendre, se disait-il. L’hématome sous son œil se manifesta sous la forme d’un tressaillement nerveux, comme pour lui conseiller vivement de ne pas s’emporter.
Il parut calme. Pas au point de sourire, mais calme. À l’intérieur de lui, ça criait dans tous les sens.
Sa première perle blanche : un film dont il serait à coup sûr le héros retentissant. Il lui tardait de partager ce grand moment avec son ami de toujours, beaucoup moins avec une inconnue qui lui avait mis son poing dans la figure.
– Je m’appelle Shaellah, lui dit-elle d’un air satisfait comme si elle avait lu dans ses pensées.
Comme Lim Ledah n’aimait pas cette douce atmosphère conflictuelle, il décida de prendre la perle blanche.
C’était un moment important pour son ami même si son cœur emballé lui faisait croire que ce pouvait être le sien. Il tremblait à mesure qu’il s’approchait du miroir, de sorte qu’il utilisa sa deuxième main pour soutenir la raideur de la première. Il tendit les bras vers le lecteur de perle, situé à hauteur de ses yeux, dans le coin gauche, sous le pavé tactile de chiffres.
Les battements de son cœur cognaient jusqu’à ses tympans ; il devinait combien l’émotion de Sun Abi devait être plus grande. Avant d’insérer la perle dans le lecteur du miroir, son imagination peina à envisager la teneur de ce rêve. Quel trésor la perle leur livrerait-elle ?
Lim Ledah entendit derrière lui le fracas d’une fenêtre brisée et le cri de stupeur de Shaellah. Il se retrouva étendu au sol avant de comprendre quoi que ce soit. En serrant ses mains, il s’aperçut qu’il n’avait plus la perle blanche !
Sun Abi fut violemment poussé contre le bureau de verre qui céda sous son poids. Shaellah réussit à agripper le voleur comme il retournait vers la fenêtre. Elle continuait de crier, pour se donner la force de le retenir. Elle devait l’empêcher de repartir avec la perle de rêve de Sun Abi, question de justice.
Elle échoua.
Le voleur s’enfuit de manière spectaculaire, sautant du troisième étage et déployant de sombres ailes mécaniques. Il emporta haut et loin la seule source lumineuse de la chambre.
Dans le noir, Shaellah sentit dans ses doigts meurtris le tissu qu’elle avait arraché dans sa vaine résistance. Sa fougue la poussa à se relever et poursuivre cet individu. Voyant qu’elle était prête à enjamber la fenêtre, Lim Ledah la retint par la voix, Sun Abi par le geste.
– Quelqu’un l’a vu ? enragea-t-elle.
Tous les trois plissèrent les yeux pour déceler un mouvement dans les ténèbres extérieures. Mais ils ne savaient pas dans quelle direction il s’était envolé. Ils ne voyaient au lointain que les lumières des villes.
Shaellah avait bloqué sa respiration inconsciemment, tant le choc de cette intrusion l’avait bouleversée. En expirant, sa colère ne se contint plus : une lueur enflammée s’échappa des pores de sa peau, à l’endroit de ses pommettes et des racines de sa chevelure rousse. C’était la première fois que Sun Abi voyait quelque chose de pareil. Il la regarda d’un air hébété.
Le regard figé vers l’horizon, des larmes roulèrent sur le visage de Shaellah, prenant un éclat remarquable une fois le seuil de ses pommettes franchi. Sa poitrine tressaillit comme si elle peinait à retenir le flot de ses sanglots. Elle revivait la scène, qui s’était déroulée trop vite. Elle commençait tout juste à rassembler ses esprits que la douleur se distingua avec retard ; elle avait mal aux mains, aux épaules, le sol avait râpé la peau de ses genoux, et son débardeur s’était froissé.

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