L’éveil

Catégorie :

Littérature sentimentale

Auteur :

Chiaramarino

Résumé :

Ou comment aider un novice à méditer.

L’éveil

– Tenzin ! appela le bonze instructeur. Lève-toi mon garçon, il est l’heure de commencer la journée.
– Oui maître, fit le garçon, se levant de sa couchette. Que faisons-nous aujourd’hui ?
– Le moment présent, rappela le bonze. Tu seras bientôt habitué au rythme du monastère.
Tenzin baissa la tête, contrit. Il était là depuis peu de temps en effet. Il tâchait d’observer ce qu’il voyait, au milieu des bonzes. Il était le plus jeune, à peine vingt ans, et éprouvait encore du mal à s’habituer à la vie au monastère. Mais il savait qu’il serait lui-même moine, plus tard, et tâtait régulièrement son crâne chauve pour s’en convaincre. Il enfila sa tenue, puis suivit son instructeur. Ils allèrent dans un endroit retiré du monastère, consacré à la méditation. Le cadre, dans la montagne tibétaine, était magnifique. Tenzin respira l’air, très vivifiant à cette altitude.
– C’est bien, reprit le bonze. La respiration. C’est très important.
– J’aime ce cadre. Ça m’apaise.
– Bien, bien. Installe-toi près de moi.
Tenzin obéit, et observa le cadre. Un des nombreux chats du monastère faisait ses griffes sur un arbre. Tenzin essaya de l’oublier. Il aimait tant les animaux, la nature. Cette paix, là, dans la montagne, lui faisait réellement du bien. Il n’aurait voulu être nulle part ailleurs. Le bonze instructeur lui dit de se tenir bien droit, et de fermer les yeux.
– Je voudrais contempler la nature.
– Quand tu te sentiras plus avancé, mon garçon. C’est important pour la concentration, au début. Voilà. Concentre-toi sur ta respiration, Tenzin !
– Oui maître.
– Ne me réponds pas. Applique-toi.
Docilement, Tenzin se concentra sur ses inspirations et expirations. Il avait envie de prendre une goulée de bon air, mais la combattit. Enfin, le rythme de sa respiration se fit plus régulier.
– C’est bien. As-tu des pensées parasites ?
Tenzin fit oui de la tête.
– Figure-toi un pont. L’eau coule sous ce pont. Tes pensées sont cette eau. Le courant les emporte.
Tenzin tâchait de bien exécuter l’exercice, sans plus rien dire. Il n’osait plus ouvrir la bouche. Au bout d’un moment, le bonze instructeur redemanda :
– As-tu encore des pensées parasites ?
Et Tenzin, une nouvelle fois, fit oui de la tête.
– Alors concentre-toi sur ton souffle. Au besoin, compte tes respirations.
C’est ce que Tenzin tâcha immédiatement de faire. L’exercice n’était pas facile, pour un débutant. Il en était à compter « dix », quand il sentit brusquement un poids sur ses genoux. Il faillit ouvrir les yeux.
– Concentre-toi. Ne te laisse pas distraire. Ne bouge pas.
Mais le bonze instructeur, amusé, avait mis une main devant sa bouche pour ne pas rire.
– Qu’est-ce que c’est, maître ?
– Ne dis rien. C’est très bien pour ton exercice.
Cependant, Tenzin avait de plus en plus de mal à compter ses respirations. Ses mains étaient sur les extrémités de ses genoux, et il ne savait pas ce qu’il y avait là. Ça le perturbait. Mais la clef du mystère apparut bientôt : un ronronnement très doux s’éleva dans le silence du matin. Tenzin, n’y tenant plus, ouvrit les yeux et caressa le chat qui s’était installé sur ses genoux.
– Tenzin ! gronda le bonze instructeur.
– Je suis désolé, maître, répondit-il tout confus, sans cesser de caresser le chat qui ronronnait, et qui était, il faut le dire, très doux.
– Reprends. Ferme les yeux et repose les mains sur les genoux, pour ne pas le déranger.
– Mais…
– Apprends à méditer dans n’importe quelle situation. Pose tes mains sur tes genoux.
À regret, Tenzin obéit. Le chat ronronnait toujours.
– Écoute-le, et ne pense à rien.
Tenzin fut tout surpris d’y parvenir. Au bout d’un moment, le bonze instructeur lui dit que l’exercice était terminé. Le chat n’avait pas bougé et s’était endormi.
– C’est la première fois que je vois ça, dit-il. Tu dois avoir un fluide avec les chats.
– C’est mon animal préféré. En plus, c’est un beau petit siamois. Regardez ses yeux en amande.
Le bonze instructeur était très amusé. Il le fut encore plus à la séance de l’après-midi, quand le petit siamois retourna sur les genoux de Tenzin.
– Je crois que c’est ton chat, dit-il alors. Je serais curieux de voir comment tu vas progresser dans l’exercice de méditation, s’il revient.
Et effectivement, le petit chat élut les genoux de Tenzin pour ses siestes quotidiennes. De plus, comme il s’endormait, Tenzin n’osait plus bouger, de peur de le réveiller. À l’issue de ses méditations, il posait une main sur le chat, et contemplait l’animal, la montagne tibétaine. Il progressa rapidement car, ne pouvant bouger, il en profitait pour méditer encore, sourire aux lèvres. Il obtint très vite la paix de l’esprit. Dans le monastère, on le surnomma « le moine au siamois ». Ou le moine du siamois ? Car, dans le fond, qui avait atteint l’Éveil ?

FIN

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