Ne me détourne pas du mal

Catégorie : 

Biographies et Autobiographies

Auteur : 

Full Time Me

Résumé :

Un homme perdu, un autre qui se retrouve, un destin confus, des paroles inoubliées.

Ne me détourne pas du mal

« Ne me détourne pas du mal. »
Ces quelques mots avaient fusé sans garde, directement dans mon cœur. Je savais pertinemment qu’il me ferait mal, mais je n’aurais jamais pu imaginer un tel dénouement de situation.
Tout a commencé plusieurs mois auparavant, quand mon ami Sun m’a dit qu’il avait trouvé de l’argent.
Je ne pouvais alors pas m’imaginer l’ampleur de la catastrophe.
En cherchant à comprendre comment il avait pu ramasser un tel pactole, j’ai fini par perdre de vue l’important.
Sun me disait que tout fonctionnait bien, et qu’il ne faisait rien de bien méchant. C’était là uniquement un moyen de se faire de l’argent de poche rapidement. Parfois, il arrivait qu’ils arnaquent un vieux ou deux au téléphone, mais il m’avait assuré de choisir les plus riches.
« Il ne s’en rendront même pas compte, c’est que cent balles ! » me répétait-il en boucle.
Au bout de plusieurs mois cependant, son comportement avait changé. Je me doutais de ce qui se passait, mais ne pouvait pas réellement mettre de mots dessus. Alors je laissais passer.
« Il finira bien par s’en remettre. » pensais-je, inconscient de l’ampleur de mon inaction.
Quand enfin je le revis, il n’était plus le même. Le visage blême, les yeux gris, la peau fade. Ses expressions faciales étaient devenues singulières, martyrisées par de grands discours éloquents. Il ne savait même plus qui il était, ni ce qu’il faisait. Et pourtant, il agissait. Plus que moi en tout cas. Lui, il faisait bouger les choses. J’aurais pu l’admirer pour cela, mais encore une fois je l’ai simplement laissé passer. Sans rien dire. Aujourd’hui, je regrette de n’avoir rien dit.
Il sombrait de plus en plus. Chaque jour qui passait l’éloignait un peu plus de la lumière. À la recherche de toujours plus d’argent, il en oubliait sa propre existence, ses connexions avec le monde réel.
Et je ne lui offrais aucun soutien. Je ne pouvais pas savoir qu’il était si mal. Enfin si, j’aurais pu si je lui avais demandé.
J’avais alors décidé d’aller lui parler, en face-à-face, une dernière fois. Pour tenter de réparer le coup, pensais-je, mais c’était trop tard. Je l’avais bien compris, mais continuais d’espérer un dénouement heureux.
Il était enfin là, à moitié courbé devant moi. On aurait dit un étranger.
« Tu deviens quoi alors ? lançais-je comme brise-glace.
– J’ai besoin de toi pour un coup. »
Je n’aurais pas su dire s’il avait écouté ma question, tant son visage n’avait pas réagi. Son aura était inexistante, il était comme invisible. En lui demandant plus d’explications, je n’eus droit qu’à des « Tu verras ! » ou encore des « Je ne peux pas en dire plus ! ».
Je pensais avoir deviné de quoi il retournait, mais ne pouvais décemment pas accepter. Le crime ne me sied guère, pensais-je intérieurement.
« Tu devrais toi aussi choisir un avenir avant de sombrer dans le vide. » me lança-t-il.
C’était le premier coup de poignard. Je ne savais pas comment répondre, ni quoi faire après de telles paroles. Était-il seulement justifié de dire de telles choses ? Je n’arrivais même plus à penser correctement.
« J’ai arrêté de faire semblant d’aller bien, de jouer dans le même monde que les faux-semblants. Je ne vis plus que pour moi-même, et je n’ai jamais été autant épanoui. Ma vie est certes plus noire, mais au moins c’est moi qui l’ai choisie. » continua-t-il sur la même lancée.
Deuxième coup de poignard suivit de plusieurs gifles. Je me sentais mal, je transpirais. Que répondre ? Avais-je seulement bien compris ce qu’il venait de me dire ? Au final, allait-il bien ?
« Pourquoi tu me dis ça ? Tu penses que je ne suis pas épanoui ? Tu prends tes grands airs pour me faire la morale ? Tu me donnes des conseils pour rester à flots alors que tu as toi-même sombré ? » Je n’avais pas vraiment réfléchi ces paroles avant de les vomir d’un coup.
« Rejoins-moi, ce sera plus facile pour toi, je pense. » répondit-t-il simplement.
Que me voulait-il ? Je n’y voyais plus clair. Alors je choisis cette fois mes mots et lui lança :
« Je ne peux ni ne veux avoir à faire le mal. Cette voie ne me plaît pas. Ce que tu es devenu ne me plaît pas.
– Si tu ne peux pas choisir pour toi un chemin, ne me donne pas d’indication. Ne me détourne pas du mal. Je l’ai choisi, et y suis bien. »
À ces mots, il recula, se retourna, puis s’enfonça dans la pénombre, me laissant seul dans ma perplexité.
Qui étais-je et qu’avais-je fait ? Était-ce là le miroir de mon avenir ?
Je n’en voulais pas. Mon choix était fait.

FIN

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