Opération : écrivain (Partie 3)

Catégorie :

Science-fiction/Anticipation

Auteur :

Chiaramarino

Résumé :

Que se passe-t-il quand on se branche un stylo ?

Opération : écrivain (Partie 3)

– Avouez que dans cette librairie, nous sommes tous forcément réac’… dit Violette avec un petit sourire et en me caressant, et cela fit rire tout le monde.
– Sinon, nous ne serions pas libraires, fit remarquer une troisième personne. Du moment que ça ne te gêne pas pour les cartons de livres…
– Non monsieur Delcourt. J’entends bien finir mon stage, et rester chez vous si c’est possible.
– Mais tu écris des bouquins, aussi, reprit la dame au chignon.
– Et alors ? Je sors tôt, ça me laisse du temps pour cela. Je suis ravie de ce stage.
– Nous aussi, dit monsieur Delcourt. Tu es un bon élément, et tu vas jusqu’au bout des choses. Ça me plaît.
Je sentis Violette rosir.
– Merci.

Et justement, plus tard dans l’après-midi, nous nous assîmes à une table, avec du papier, des classeurs et autres fournitures de bureau. Et nous nous mîmes au travail avec ardeur, Violette et moi, pour la recherche d’idées pour un futur roman. Elle en frémissait déjà de plaisir, même si l’histoire ne s’élaborait pas encore. Mais je sentais les multiples connexions dans ses neurones, à une vitesse vertigineuse. Violette devait classer ses idées, j’éprouvais bien des difficultés à les mettre en ordre, alors je rongeais mon frein. J’avais apprécié d’écrire son journal intime, puis ses réflexions lors du repas de midi. Mais je ne pouvais pas influer sur son cerveau, je devais uniquement y répondre. Cela dura quelques jours ainsi, à sous-exploiter mes capacités. Avec Walter, Violette apprit à me charger en encre elle-même, même si elle préférait que ce soit lui qui le fasse, pour sentir ses mains sur sa peau, ses baisers. L’opération n’était pas aisée, à dire vrai. En plus, Violette surveillait ses seringues à encre, elle savait qu’elle allait en utiliser beaucoup, avec son besoin viscéral d’écrire, de m’utiliser.

Plusieurs jours passèrent et, enfin, nous nous lançâmes dans la rédaction de son livre, ou ce fut ce que je crus. Il fallait souvent revenir en arrière, tout à coup je m’emballais, et faisais d’horribles ratures. En plus, cela fatiguait beaucoup Violette, ce que je ne comprenais pas.
– J’ai mal au bras, disait-elle régulièrement à Walter en fin de journée.
– C’est peut-être de manipuler des cartons dans ta librairie. Les livres, c’est lourd. Si tout était sur écran, ce serait plus facile…
– Voilà bien les informaticiens ! Les écrans ! Je vois bien que tu n’as aucun plaisir à manipuler un livre…
Violette était amère.
– Je ne suis pas d’une famille de réac’ comme toi… Nous sommes plus insérés dans la société.
– C’est ce que tu crois. Tu devrais lire Fahrenheit 451 de Ray Bradbury. Il l’a écrit il y a quelques quatre-vingts ans, mais dans ma famille, nous y avons été sensibles. Brûler des livres, quelle hérésie !
Walter, cette fois-là, regarda Violette sans comprendre. Moi non plus je ne comprenais pas, d’ailleurs. Mais j’étais replié. Les livres des autres ? Je ne connaîtrais que ceux de Violette écrits avec moi.
– De toute façon, ce qui m’inquiète c’est cette douleur dans le bras droit. Pourquoi pas le gauche ?
– Parce que tu es droitière, tout simplement. Il y a toujours un bras plus faiblard que l’autre, c’est mon père qui nous l’a dit, quand il nous a appris à ramer mon frère et moi.
– Ah oui… eh bien, toi dans ta barque, et moi à écrire dans mon petit bureau, conclut Violette.
– Tu as un très joli sourire. Ne t’inquiète pas. En plus, ton stage se passe bien ?
– Oui, c’est vrai. Monsieur Delcourt propose de m’embaucher à mi-temps le mois prochain, pour que je touche une vraie paye tout en ayant du temps pour écrire.
– Ah, oui ! Tu vois bien que tout va pour le mieux… Ma Violette…
Elle devait toujours sourire, malgré son inquiétude. Walter toucha mon fil.
– Ma petite femme bionique…

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