Philomène (Partie 2)

PhilomèneCatégorie : Littérature sentimentale

Auteur : Flora Lune

Résumé : Philomène aurait dû être aimée. En la nommant de la sorte, c’est sans doute ce que ses parents souhaitaient pour elle. Oui, mais voilà, des parents, Philomène n’en avait plus. Ou n’en avait jamais eu. Car si elle en avait eu, plus aucun élément aujourd’hui ne permettait de prouver leur existence, comme s’ils avaient été définitivement effacés de la surface de la Terre. Philomène vivait donc là où vont les enfants qui n’ont pas de maison. Elle n’avait jamais été malheureuse là-bas, ni jamais vraiment heureuse, mais qu’importe : elle n’avait jamais connu que cet endroit.

 

 

Philomène (Partie 2)

 

 

Le cours venait de commencer. C’était encore l’heure de la correction des exercices.

« Philomène, où est ton livre ?
« Je l’ai oublié au foyer. »

Le professeur soupira d’exaspération.

« Philomène, j’en ai assez, c’est toujours la même chose. Tu oublies ton livre, tu ne suis pas, et en plus, tu déranges le cours à chaque fois en te faisant remarquer. Mercredi après-midi, tu viendras en colle avec moi, peut-être que ça te fera atterrir. En attendant, va chercher un livre au CDI. »

Philomène ne répondit pas. Elle se contenta de se lever et de sortir de la salle, les yeux rivés vers le sol, ses cheveux cachant le profil de son visage. Plus Philomène avançait, plus le couloir s’assombrissait, et rétrécissait aussi. Mais, le resserrement de l’espace sur elle, sans qu’elle ne pût jamais l’expliquer, lui procurait un indicible sentiment de sécurité. Philomène ne savait pas si elle avançait, mais elle marchait. Une envie soudaine la prit de s’installer dans un coin et de s’endormir en se laissant bercer par le néant. Elle se laissa tomber. Un vide moelleux la rattrapa.

La lumière brûlait ses paupières. Si elle les ouvrait, ses yeux seraient dévorés par les flammes. Elle couvrit son visage de ses mains. Ça allait mieux.

« Réveillée ? »

Réveillée ? Pas vraiment. Seulement consciente. Elle se tourna sur le côté et ouvrit péniblement les yeux. Elle se trouvait à l’infirmerie.

« Tu te sens bien ? »

Philomène acquiesça et se redressa en position assise avant de se tourner vers la personne qui se trouvait près d’elle. Ce n’était pas l’infirmière. C’était Sophie, une surveillante arrivée au collège quelques semaines auparavant.

« Tu as eu un malaise, expliqua-t-elle. Je t’ai trouvée évanouie dans le couloir. D’ailleurs, qu’est-ce que tu faisais dans le couloir ?
« J’allais au CDI, mon prof m’a envoyée chercher un livre.
« D’accord. Tu as mangé ce matin ?
« Non.
« Et pourquoi donc ?
« J’étais en retard.
« Reste ici. »

Sophie se leva et sortit de la pièce. Elle revint quelques instants plus tard avec un plateau sur lequel se trouvaient un verre de lait, du pain et un morceau de beurre dans une soucoupe. Elle le posa sur la table de chevet.

« Mange ça, ordonna-t-elle.
« Merci.
« Comment tu t’appelles ?
« Philomène.
« Quelle classe ?
« Cinquième E.
« Je vais demander qu’on prévienne tes professeurs. Mange. »

Philomène reçut une dispense de cours pour la journée. Elle rentra donc au foyer et passa le reste du temps dont elle disposait à dessiner, un casque de musique sur les oreilles. Elle n’entendit pas Isaure rentrer, et sursauta légèrement lorsque celle-ci lui tapota l’épaule.

« Tu as fini plus tôt aujourd’hui », fit remarquer la jolie blonde.

Isaure n’était pas en cinquième E. Elle n’était donc pas censée savoir.

« Oui, répondit simplement Philomène.
« Chloé ne devrait pas tarder », reprit Isaure, plus pour elle-même que pour sa camarade.

Chloé ne tarda effectivement pas à rentrer. Après le goûter, les pensionnaires eurent deux heures d’étude dans la salle prévue à cet effet.

« Tu vas mieux ? »

Philomène, qui venait de s’asseoir, leva la tête. Clément s’installait à côté d’elle.

« Oui, ça va mieux. »

Clément poussa vers elle une pile de cahiers et déclara :

« Tiens, ce sont les cours de la journée. Et les devoirs aussi. »

Philomène le regarda un instant. Il soutint son regard.

« Merci », dit-elle enfin.

Philomène et Clément passèrent côte à côte les deux heures d’étude, sans échanger une parole. Et lorsqu’elle rejoignit son monde un peu plus tard ce soir-là, entre deux arbres, Philomène crut un instant voir passer l’ombre fugitive de Clément.

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