Philomène (Partie 4)

PhilomèneCatégorie : Littérature sentimentale

Auteur : Flora Lune

Résumé : Philomène aurait dû être aimée. En la nommant de la sorte, c’est sans doute ce que ses parents souhaitaient pour elle. Oui, mais voilà, des parents, Philomène n’en avait plus. Ou n’en avait jamais eu. Car si elle en avait eu, plus aucun élément aujourd’hui ne permettait de prouver leur existence, comme s’ils avaient été définitivement effacés de la surface de la Terre. Philomène vivait donc là où vont les enfants qui n’ont pas de maison. Elle n’avait jamais été malheureuse là-bas, ni jamais vraiment heureuse, mais qu’importe : elle n’avait jamais connu que cet endroit.

 

 

Philomène (Partie 4)

 

 

Les couloirs et les chambres étaient vides. C’était dimanche, la journée des parents. Les parents et tuteurs venaient voir les enfants au foyer. Parfois, ils les emmenaient en promenade. C’était la journée que Philomène préférait. En effet, c’était le seul jour de la semaine où elle pouvait rester dans sa chambre, seule, à lire ou à dessiner tant qu’elle voulait, ou se promener librement dans toute la maison sans risquer la moindre remontrance. Les éducateurs étaient bien trop occupés avec les familles pour faire attention à elle.

Les couloirs étaient déserts et silencieux. Les seules lumières qui l’éclairaient provenaient des rares chambres restées ouvertes. Il n’y avait pas de fenêtre. Bien qu’elle connût les lieux par cœur, Philomène ignorait où elle se trouvait. Dans l’aile des filles sans doute, pensa-t-elle. Elle se trompait. L’aile des filles, elle l’avait quittée depuis longtemps.

Les couloirs étaient de plus en plus sombres. Philomène aimait l’obscurité. Pourtant, pour la première fois de sa vie, elle avait peur. Elle n’était pas seule dans le couloir, elle le savait. Quelque chose l’attendait au bout. Des mains jouaient à présent dans ses entrailles, telles de grosses araignées qui la piquaient de toutes parts. Une voix lui ordonnait de faire demi-tour. Mais, ses jambes refusèrent de lui obéir. L’angoisse grandissait. Philomène pouvait les voir à présent, ces êtres sombres qui l’entouraient, ces êtres vêtus de haillons, ni vraiment humains ni vraiment animaux, au corps mutilé, aux yeux vides et au visage mort. Étaient-ce des hommes, des enfants ou bien des femmes, rien ne permettait de le dire. Peut-être même, n’y en avait-il qu’un seul.

Non. Il n’y en avait pas qu’un seul. Il y en avait deux. Philomène pouvait les voir à présent.

Clément tenait Isaure étroitement enlacée contre le mur. Mais, Isaure ne se débattait pas, pas comme lorsque Philomène avait elle-même été immobilisée contre le mur. Les mains de Clément étaient placées l’une au creux de son dos, l’autre un peu plus haut, entre ses omoplates. Leurs têtes étaient si proches que leurs cheveux blonds se distinguaient à peine dans la pénombre. Qu’il semblait doux l’emprisonnement d’Isaure…

Clément fut le premier à remarquer la présence de Philomène. Il sursauta et s’écarta légèrement.

« Tu… tu vas le dire ? », bredouilla-t-il.

Mais, Philomène n’était déjà plus là. Elle entendit vaguement que quelqu’un criait son nom derrière elle. Même si elle avait voulu se retourner, elle n’aurait pas pu, c’était trop tard. Comme ses jambes l’avaient conduite au danger qu’elle avait pressenti avec tant de force, elle semblaient à présent vouloir l’en éloigner autant que possible.

Philomène n’avait pas mal. La force des battements de son cœur constituait un bouclier contre la lame d’airain qui menaçait de le transpercer à tout moment. Elle ne sut jamais combien de couloirs elle traversa, combien d’escaliers elle monta, ou si au contraire, elle les descendit. Elle ne les voyait même plus.

Au fur et à mesure de sa course, le décor s’éclaircissait. Le vent face à elle lui envoyait des millions d’épines qui la lacéraient de toutes parts. Mais, la douleur fut si forte que bientôt, Philomène ne la sentit plus. Elle courait, encore et toujours. Était-elle déjà venue ici ? Il lui était impossible de le dire. La lumière l’aveuglait.

Peu à peu, ses pieds quittèrent le sol. Le vent lui porta un ultime coup d’épée, puis, son corps s’allégea totalement.

Quelques heures plus tard, on retrouva Philomène, couchée sur le dos dans la cour arrière du foyer, les yeux grand ouverts face au ciel qu’elle avait cessé de voir.

 

FIN

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