Plein gaz (Partie 1)

Plein gaz

Catégorie : Aventure/Action

Auteur : Chiaramarino

Résumé : Une façon originale de rentrer en maison de retraite…

 

 

Plein gaz ! (Partie 1)

 

 

– Et tu te souviens, quand nous nous arrêtions chez le boulanger ? Il te fallait toujours une chocolatine !
– Ah, mamy, j’en ai encore le goût dans la bouche ! Toute chaude, avec le chocolat qui fond, qui dégouline…
– Oui, combien de fois j’ai dû t’essuyer le museau ! Tu n’as pas changé, tu sais !
– Pourquoi, j’ai renversé de la Chantilly sur mon tee-shirt ?
La petite grand-mère éclata de rire. Bien qu’elle fût en fauteuil roulant, elle avait toujours du goût pour la vie, surtout à chaque fois qu’elle voyait sa descendance. Son petit-fils, le cadet de sa fille, particulièrement. Ils avaient le même humour, et étaient très attachés l’un à l’autre. La maman de Julien avait commencé par avoir des jumelles, alors son petit garçon s’était senti mis à part dès le début. Et à vingt-cinq ans, il adorait toujours sa grand-mère. Quelques années plus tôt, il l’avait aidée à récupérer d’une mauvaise chute et, avec sa mère, ils avaient décidé de la « placer », comme le disait elle-même la grand-mère, Huberte. Son fils était trop souvent aux abonnés absents, il avait rapidement dit oui, peut-être même sans prendre le temps d’y réfléchir vraiment. Heureusement, Huberte avait une philosophie à toute épreuve. Même diminuée, elle faisait encore pas mal de choses, du tricot, jouer au tarot avec ses voisins de la maison de retraite ou sa famille, partager ses lectures… Elle était aussi encore coquette, son chignon toujours impeccable, parée de jolis bijoux. Tout le monde l’appréciait. Mais son moment préféré, c’était avec Julien, quand il venait passer du temps avec elle. Il était un des rares à la sortir de la maison de retraite, et ils faisaient de grandes balades, ou allaient boire un coup à Toulouse même, la ville natale d’Huberte.
Cependant, le temps passait, et après avoir liquidé leurs glaces, Julien poussa sa grand-mère dans les rues toulousaines, en direction de la voiture, garée non loin de la place du Capitole. Julien avait pris la précaution de prendre la place « handicapé » à laquelle sa grand-mère avait droit. Il était rompu à l’exercice, pour l’asseoir sur le fauteuil du copilote, mais plus tôt dans la journée, il s’était bien fatigué, à jouer au foot avec ses copains. Le sachant, Huberte ne se plaignit pas. Elle eut un petit « ouch ! », et Julien s’excusa de nouveau.
– Ça va quand même, mamy ? Veux-tu un coussin, quelque chose ?
– C’est gentil mon grand, mais rassure-toi, je suis bien installée.
– Tu n’es pas de traviole, j’espère ?
– Non non !
– Bon, je case le fauteuil à l’arrière.
Mais Julien était vraiment fatigué : le foot, cette virée… Sa grand-mère n’était pas bien lourde, mais après cela, il eut du mal à s’en sortir avec le fauteuil roulant. Il s’assit au volant, un peu inquiet. Huberte s’en aperçut tout de suite.
– Qu’est-ce qui te tracasse, Julien ?
– Je suis crevé.
– Ça arrive. Tu dormiras bien ce soir, voilà tout.
Julien eut un sourire.
– Et toi aussi, mamy ! Je vois que tu as le cœur content. Et moi aussi.
– Eh bien alors, où est le problème ?
– C’est vrai, ce que maman m’a dit ?
– Quoi donc, mon chéri ?
– Elle m’a raconté qu’en dehors de ta maison de retraite, même sur le parking, le personnel refuse d’aider les pensionnaires handicapés s’ils ne sont pas accompagnés de quelqu’un des leurs qui les aide à descendre de voiture, et à les remettre dans leurs fauteuils… C’est vrai ?
Huberte se racla la gorge.
– Malheureusement, oui, admit-elle. J’ai eu ce problème avec elle, et ta cousine Léa, aussi, encore une autre fois.
– Ouh là ! Oui, Léa est chétive…
– La pauvre, j’ai bien cru qu’elle allait se casser un bras ! Et moi, le coccyx !
– Et comment ça s’est terminé ?
– Un jeune motard est arrivé à temps pour nous aider. Ah, tu aurais vu ça ! En deux temps trois mouvements, et je fonçais sur mon fauteuil, et lui sur sa moto !
– Et tu te sentais d’humeur à faire la course ?
Cela les fit rire.
– Oh, moi je suis toujours d’humeur pour faire des bêtises !
– Sacrée mamy ! Et alors, tu as mis ta ceinture ?
– Bien sûr ! On fonce à la maison de retraite !
– Tiens ? fit Julien, et il démarra.

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