Questions existentielles (Partie 1)

Avertissement : déconseillé aux moins de 16 ans.

Avertissement : déconseillé aux moins de 16 ans.

Catégorie : 

Science-fiction/Anticipation

Auteur : 

Chiaramarino

Résumé :

Et si nous pouvions vivre plus de deux cents ans ?

Avertissement : déconseillé aux moins de 16 ans.

Questions existentielles (Partie 1)

– Assieds-toi bien mon chéri, j’ai quelque chose d’important à te dire, annonça Sophie, posant deux tasses de café sur la table basse.
Yannis regarda sa compagne, toujours subjugué par sa beauté, sa sollicitude. Sophie le lut dans son regard, et eut un petit sourire qui le charma, avec ses adorables boucles grises. Elle s’assit à côté de lui, et il lui caressa les cheveux.
– Tu sais que tu es encore beau, toi aussi ? Et j’aime comme tu roules les « r »…
– Excuse-moi, ça fait partie de mon ADN… En plus, ma femme italienne les roulait aussi.
– Tu as su l’oublier, depuis… quatre-vingts ans ?
– J’ai eu du mal, mais j’ai fini par y arriver… grâce à toi, ma sagesse.
L’apostrophe fit sourire Sophie, comme souvent. Elle savait que son prénom venait du grec, même si ce n’était pas pour cela que ses parents l’avaient choisi.
– Mais je ne sais pas si nous avons été si sages que ça, mon cœur, dit-elle doucement.
– Que veux-tu dire ? Tu parles de mes recherches ? D’autre chose ?
– D’autre chose. Moi aussi je fais des expériences, comme tu sais. J’ai cessé de prendre la pilule depuis bien longtemps, mais…
Sophie hésitait, et Yannis la regarda. Ses cheveux gris en pétard, très professeur Nimbus avec ses petites lunettes, la firent rire. Il avait toujours eu ce tic d’embroussailler sa tignasse à tout propos, et ce n’était pas à son âge que ça allait changer.
– Vas-y, dis-moi. Quelle expérience as-tu faite, alors ?
Sophie se jeta à l’eau :
– Je me demandais si je pouvais encore être fertile. Et maintenant, je peux te dire que oui.
– À… à nos âges ?
Il croyait comprendre, se gratta la tête.
– Mon Dieu, avec nos arrière-arrière-petits-enfants… dit encore Yannis.
– Je sais, ça ne te rajeunit pas. Ni même moi, malgré notre différence de cinquante ans.
– Au point où nous en sommes, ça ne compte plus…
– Et je vois ça comme toi, mon chéri. La bonne nouvelle, c’est que tu vas de nouveau être papa.
Les yeux de Yannis se mirent à pétiller.
– Mon grand fou, tu as encore l’air d’un gamin…
– Face à sa sagesse. Je serai ravi d’avoir un enfant de toi. La révolution est de plus en plus en marche, c’est génial !
Il saisit son café, vida la tasse d’un trait.
– Et tu as fait le café comme j’aime, comme en Grèce !
– Tu m’as convertie. Heureusement que nous avions trouvé ces vieilleries à Héraklion !
– Oh, ma Sophie, ma Sophie !
Et Yannis la serra très fort dans ses bras. Puis elle but lentement son café, fermant les yeux.
– C’est la plus belle chose qui pouvait m’arriver. À cent-dix ans ! dit-elle.
– On aurait eu tort de prendre du bromure !
– Et puis quoi encore ?! Je suis heureuse que tu le prennes ainsi.
– C’est super, j’espère bien atteindre les trois ou quatre siècles, je suis sur ma lancée !
– Et moi aussi ! répartit Sophie en riant.
– Et tu trinques au café, toi ?!
– Les femmes enceintes ne doivent pas boire de Champagne !
– Et si je faisais des recherches pour… ?
– Surtout pas, mon grand fou ! coupa Sophie. Même toi, tu respectes trop la vie pour faire une chose pareille !
– Tu as toujours raison, ma sagesse, fit Yannis, et il l’attira à lui pour l’embrasser, comme s’ils avaient toujours vingt ans.
La seule concession à leur âge plus qu’avancé avait été leurs cheveux gris, et quelques rides imperceptibles qui rendaient si joli le sourire de Sophie. À vrai dire, Yannis, qui était un bon vivant, avait une petite brioche, mais qui n’était pas sans déplaire à sa compagne. Ils étaient si heureux d’être ensemble ! La cause était donc entendue : ils allaient avoir un enfant tous les deux. À cent-soixante et cent-dix ans. Ils étaient trop contents pour en mesurer pleinement les conséquences…

– Henri, j’ai une super nouvelle à t’annoncer ! fit Yannis à son meilleur ami, à peu de temps de là, en sortant de leur réunion du comité d’éthique qu’ils avaient fondé tous les deux.
– Oui, tu m’avais l’air très excité… Aurais-tu eu une quelconque avancée dans tes recherches ?
– Mieux que ça ! Sophie attend un bébé !
– De toi ?
– De moi.
Mais Henri avala sa salive.
– Mais… qu’avez-vous encore fait comme bêtise ?
– Comment, une bêtise ? Pourtant, c’est logique mon cher, fit sentencieusement Yannis. Si nous repoussons l’âge de la mort à ce point, nous le faisons du même coup avec l’âge de la fertilité…
– Tu sais que je suis presque toujours d’accord avec toi… mais là, tu vas un peu loin.

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