Questions existentielles (Partie 2)

Avertissement : déconseillé aux moins de 16 ans.

Avertissement : déconseillé aux moins de 16 ans.

Catégorie : 

Science-fiction/Anticipation

Auteur : 

Chiaramarino

Résumé :

Et si nous pouvions vivre plus de deux cents ans ?

Avertissement : déconseillé aux moins de 16 ans.

Questions existentielles (Partie 2)

Mais Yannis était trop content, trop exalté pour écouter ce que son ami pouvait bien lui dire. Pourtant, Henri insista :
– Ce n’est pas raisonnable.
– Henri, as-tu lu la Bible ?
– C’est complètement dépassé. Aucun intérêt.
– Le problème, c’est que de nos jours, on ne croit plus en rien. Les patriarches atteignaient plusieurs siècles d’existence, et quelquefois, leurs femmes enfantaient à cent ans….
– Toi le Crétois, tu ferais mieux de croire à tes belles légendes anciennes de dieux et de déesses… C’est plus dans l’air du temps.
– Pour que les hommes puissent atteindre leur idéal, oui, je sais.
– L’homme ne deviendra dieu que quand il sera vraiment immortel. Et à mon avis, tu le sais, ce n’est pas souhaitable. Qu’on vive trois ou quatre siècles, soit, mais pas plus. Regarde ceux qui ne veulent pas le devenir, ils n’atteignent pas les cent ans, et c’est pour cela qu’ils sont heureux de vivre. La vie a besoin d’un sens.
– Sauf si on a des enfants, fit remarquer Yannis.
– À condition de bien s’entendre avec les parents ! Et pas seulement les géniteurs. Et de toute façon, depuis quelques décennies, la Terre souffre d’un manque de place pour nous autres.
– Il y a des habitants sur la Lune.
– Tu es vraiment un illuminé, Yannis. Tu n’as que la science en tête. Et peut-être les femmes aussi, ajouta Henri après un temps, non sans malice.
Tous deux se regardèrent, et échangèrent un éclat de rire.
– C’est Sophie qui m’a mis devant le fait accompli…
– Tu ne te méfies pas assez des femmes.
– Ce que femme veut, Dieu le veut…
– Et en plus, tu as réponse à tout… Ah, Yannis ! Mais sais-tu bien d’où nous sortons ?
– Eh bien, de notre comité d’éthique !
– Il faudra en parler. Passé cent ans, peut-on encore avoir des enfants ? Je vois que la question se pose, à présent. Tu étais déjà le premier homme à atteindre les cent-cinquante ans, il y a dix ans.
– Et je suis en pleine forme ! Toi aussi, d’ailleurs.
– C’est vrai que je n’ai pas tardé à te rejoindre… et je n’arrive pas à ne pas travailler.
– Fuirais-tu toujours autant le souvenir de ton unique femme ? reprit Yannis plus sérieusement. Je n’oublie pas pourquoi tu t’es tellement impliqué dans ce comité d’éthique…
Henri secoua la tête.
– Eh bien, je n’ai pas changé, dit-il. Et puis les Grecs sont plus coureurs que les Français…
– Tu oublies la raison pour laquelle j’étais d’accord pour notre comité d’éthique.
– Ça ne t’a pas rendu Angela, Yannis. C’était il y a quatre-vingts ans, mais je m’en souviens comme si c’était hier. Tu étais fou.
– La mort d’Angela m’a rendu fou, oui. J’avais quitté Martine et les enfants pour elle, et puis… ça a duré vingt ans… Mais tu vois, on ne meurt presque plus du cancer, maintenant.
– Tu ne vaincras pas la mort, prédit Henri. Et je te signale que tes enfants risquent de t’en vouloir, si tu leur annonces la grossesse de Sophie.
– Oh, tout le monde me prend pour un coureur… N’empêche qu’avec Angela, nous avions adopté Sacha, et lui, il comprend tout.
– Tu dis cela parce qu’il te soutient dans tes recherches…
– C’est vrai, les enfants que j’ai eu avec Martine ne sont pas comme ça. D’ailleurs, ma fille est morte aussi… Mais tu m’embêtes, à remuer ainsi le passé, Henri.
– C’est mon devoir de t’avertir, en tant qu’ami. Et je m’étonne que ta « sagesse », comme tu l’appelles, t’annonce tout à coup qu’elle attend un bébé. Je la croyais plus raisonnable.
– Et c’est elle qui m’appelle « grand fou »… observa Yannis, songeur tout à coup, au point de manquer de s’étaler sur le trottoir roulant.
Il se rétablit en remuant les bras dans tous les sens, en riant, et Henri éclata de rire.
– Le ridicule ne tue pas, déclara Yannis. Je ferai rire mon petit à naître !
– Eh bien, tu seras un père rock n’roll, comme on disait il y a quelques générations !
– Et fier de l’être ! Je te raccompagne jusque chez toi ?
– Ce serait plutôt à moi de te raccompagner… grand fou ! Veux-tu monter dans mon aéromobile ? Et j’embrasserai Sophie…
– À condition que tu ne lui fasses pas la leçon !
– Je te le promets. Mon aéromobile est garée au coin là-bas.
– Merci, c’est gentil. Je t’invite avec plaisir.

– Monsieur Petrakis ? Frank Hubert, du Matin de Paris… Heureux de vous rencontrer, ajouta l’arrivant en tendant la main à Yannis.

– Bonjour monsieur Hubert, fit celui-ci en broyant la main tendue. Je vous en prie, asseyez-vous. Voulez-vous du café ? Un verre d’ouzo ?
Le journaliste fut quelque peu désarçonné, car ce n’était pas le genre de boisson qu’on offrait habituellement, et demanda :
– Vous n’avez pas une boisson énergisante ?
– Ma boisson énergisante, c’est le café. Je suis d’origine grecque, et là-bas, on le boit très fort. Voulez-vous essayer ?
– Eh bien… soit, je vais essayer.
Yannis disparut dans la petite cuisine du centre de recherches où il travaillait, et revint une dizaine de minutes plus tard, avec deux tasses de café brûlant.
– Faites attention, c’est très chaud.
– Merci. Nous sommes prêts ? Mes appareils sont là pour recueillir vos paroles.

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