Secrets d’écrivain (Partie 3)

Catégorie : 

Littérature sentimentale

Auteur : 

Chiaramarino

Résumé :

Quand l’écrivain sort de sa coquille…

Secrets d’écrivain (Partie 3)

21 mars.
Bon sang, j’ai rencontré mon auteur préféré ! Et tout ça grâce à Alice ! En plus, je ne suis pas idiot, elle a clairement plu à Romain Lelong… Il en était à côté de la plaque. Ou est-ce son personnage ? Il était encore plus mal coiffé que d’habitude, avec ses lunettes à la John Lennon, c’en était presque pathétique. Il avait sorti un vieux tee-shirt, comme les étudiants que je fréquente quelquefois. J’ai eu l’impression de voir un personnage de BD. Il ne nous regardait pas franchement, Alice et moi, je ne sais pas pourquoi. Il s’est déboutonné quand je lui ai demandé comment il écrivait :
– Assis derrière mon ordinateur, jeune homme ! Et il a rigolé.
– Et de gauche à droite ! a ajouté Alice en lui faisant un sourire de connivence. Je croyais que pour vous, l’étape papier-stylo était indispensable…
– Si, c’est vrai. Pour échafauder des mondes. Et puis si j’écris de la fantasy, il faut bien que je dessine des cartes… Je vous avouerais que je les connais mieux que cette ville de Paris, qui est trop tentaculaire à mon goût. Mon arrondissement me suffit…
– Donc nous sommes dans le vôtre ? ai-je demandé.
Il en était confus.
– Je serais curieuse de connaître vos secrets de fabrication, monsieur Lelong.
Il en a été encore plus confus, d’autant que j’ai ajouté qu’étant étudiant en Lettres et proche des livres, cela m’intéressait doublement. Romain Lelong s’en est gratté l’oreille, et Alice m’a confié, en m’emmenant chez elle après cette rencontre, qu’elle avait profité qu’elle lui plaisait, pour m’offrir un caprice à nous deux, en fait.
– Tu es une vraie sœur, en fin de compte, et pas qu’à moitié…
– Mon père m’aurait dit de m’occuper de toi, même si le tien assure aussi. Mais de toute façon, nous avons toujours été très liés, toi et moi.
– Maman n’a jamais oublié ton père. Il lui a fallu du temps pour rencontrer le mien… Mais tu t’intéresses vraiment à Romain Lelong, alors.
– Il me fascine. Peut-être plus que toi, parce que je suis une femme.
– Aah… Mais tu veux quand même connaître ses secrets de fabrication.
– Toi aussi, non ?
J’en convins bien volontiers. Alice me promit qu’on irait le voir, le temps de lui soutirer son adresse.

26 mars.
Mon Dieu, je suis en feu ! Je me suis laissé faire par Alice, et elle est venue tout à l’heure avec Léo… J’ai dû revenir brutalement dans la réalité, moi qui la crains tellement… Ils sont venus vers six heures, alors que je cherchais l’idée d’un nouveau roman. J’étais donc perdu dans mes papiers, les livres, si bien qu’ils sont arrivés dans un beau bazar. Déjà que je déteste montrer mon antre, où mes tentatives de ménage ont toutes tourné court, et en plus à l’improviste… À leur coup de sonnette, la surprise m’a tout fait valser, et Apollon a sursauté aussi. Mais en entrant, mes deux visiteurs ont été très polis, ne critiquant pas la tenue de mon appartement. Au contraire, d’entrée de jeu, tous deux étaient fascinés. Léo me donnait envie de rire, avec son air étonné. Il fait tout jeunot, vingt-trois ans ! Sa sœur, plus brune que lui, était une fois de plus très jolie. Pris au dépourvu, j’ai bricolé un apéritif avec le peu que j’avais.
– Vous n’êtes pas épais, monsieur Lelong…, s’est inquiétée Alice, et j’ai reconnu que je mangeais mal, qu’il m’arrivait de sauter des repas, pris par l’action de mes romans.
– Très mauvais, ça, a-t-elle encore dit, alors que Léo ouvrait des yeux comme des soucoupes. Et vous ne faillez pas à votre réputation… Moi, je crois qu’il vous manque une femme. Vous devez les avoir toutes à vos pieds, n’est-ce pas ?
Apollon, avec son sens de l’humour habituel, s’est roulé sur le tapis devant nous, et ça les a fait rire tous les deux.
– Votre chat est très mignon. Un vrai petit soleil, a commenté Léo.
– C’est pour ça qu’il porte le nom du dieu du soleil. Et puis c’est le plus beau…
Jusqu’au bout, j’ai espéré qu’Apollon fasse diversion. Léo l’a caressé et, à ma grande surprise, mon chat s’est laissé faire.
– Mon père vit à la campagne, et a trois chats, m’a-t-il dit en voyant ma tête. Nous adorons les chats, les animaux, lui et moi.
– Pas vous, Alice ?
– Nous n’avons pas le même père. Le mien est mort quand j’étais petite.
– Je suis désolé, ai-je balbutié.
Et la réalité a fait irruption dans mon esprit, avec la disparition de mes deux parents, dans cet accident de voiture, alors que j’avais dix ans. Je n’en ai jamais parlé dans mes interviews, racontant qu’ils étaient mieux sur la face cachée de la Lune, ce qui pouvait aussi être pris métaphoriquement. Bref, j’étais mal à l’aise. Mon grand frère et moi avons été placés dans une famille d’accueil, où les grands enfants du couple qui nous hébergeait nous ont snobés. Richard, mon frère, est le seul être humain avec qui je suis resté proche.

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