fbpx
Publicités

Sorcière ? (Partie 2)

Sorcière

Catégorie : Fantastique/Merveilleux

Auteur : Chiaramarino

Résumé : Quels pouvoirs a la jolie Emma, dans ce monde médiéval ?

 

 

Sorcière ? (Partie 2)

 

 

Mais j’avais voulu être instruite, et je persistai. Le médecin de la cour me disait de rester chez lui, de sortir le moins possible. Le bébé se portait bien, c’était un petit garçon que j’avais prénommé Erec. Le médecin le faisait passer pour son fils, pour éviter l’opprobre. Le seigneur n’avait jamais rien su de moi. Faute de travailler, je lisais. Le médecin ou sa femme m’éclaircissaient quelquefois. Je les avais pris en affection. Ils m’aidaient beaucoup, et j’en ai appris davantage avec eux, qu’avec l’évêque de Tours. Je m’intéressais en outre aux problèmes du royaume. J’avais des conversations passionnantes avec le médecin. De plus en plus, il me tenait en estime. Au bout de quelques mois, il s’est enhardi, et parla de moi au seigneur, disant que j’étais une de ses cousines. Et enfin, j’ai été présentée au seigneur de Tours. Il a froncé les sourcils après m’avoir vue, à cause de mon grain de beauté, mais le médecin engagea l’échange sur tout autre chose, et le seigneur s’est aperçu que je n’étais pas bête. Mais j’étais une femme. Il accepta à contrecœur de me prendre comme conseillère. Il s’avéra néanmoins que je sus lui donner des conseils avisés. Malgré tout, je ne parlais jamais de ma famille. C’est la femme du seigneur qui a jeté le trouble.
– Qui est ce petit garçon frappé d’une marque du Diable, que je vois quelquefois ? demanda-t-elle un jour que nous étions ensemble.
Je ne voulais rien dire, mais je rougis si fortement, que la femme s’est doutée de quelque chose. Malgré son insistance, je ne dis rien.
– Mais pourquoi ne me regardez-vous pas ?
– Cela ne vous regarde pas ! lui lançai-je en pleine figure.
Et elle m’a fait une scène, en a parlé au seigneur.
Peu après, le médecin de la cour, affolé, me dit de prendre Erec, et de fuir.
– Mais pour aller où ?
– Dans votre famille, par exemple !
– Il n’en est pas question !
– Écoutez, allez quelque part, où vous voulez, mais disparaissez ! Cette dame sait qu’Erec est le fils de l’évêque ! Il lui ressemble trop !
À ces mots, j’ai pris peur. J’ai obéi, la mort dans l’âme. Mais plutôt que d’aller dans ma famille, où je risquais le rejet, j’ai préféré retourner chez Clotilde. Une fois de plus, j’étais partie nuitamment, mon fils dans mes bras.
Chez Clotilde, sa fille me reçut. Je lui racontai mon histoire, demandant où était Clotilde.
– Hélas ! Maman est morte l’année dernière, me répondit-elle.
J’en fus atterrée.
– Et de quoi est-elle morte ?
– Sur le bûcher. On l’a accusée de sorcellerie. L’Inquisition est venue. L’évêque aussi.
À ces mots, j’ai perdu connaissance. J’ai repris mes sens sur une paillasse. C’était l’hiver, la fille de Clotilde a mis mon état sur le compte du froid. J’ai dû rester alitée quelques jours, elle s’occupa d’Erec. Puis elle me dit de rester. J’osais espérer que l’Inquisition ne reviendrait pas au village. Malgré tout, par prudence, et aussi à cause de la saison, je suis restée cloîtrée. Puis j’ai repris mes vieilles habitudes : nager dans la rivière, ramasser les plantes médicinales. Prisca, la fille de Clotilde, faisait un peu comme sa mère, subvenait aux besoins du foyer. Erec grandissait peu à peu, mais sa tache de naissance me faisait peur. Je craignais qu’il en soit pour lui, comme pour moi avec mon grain de beauté. À part cela, c’était un beau petit garçon, qui ressemblait effectivement à son père, sauf la couleur des yeux, la même que la mienne, gris-bleu.
Mais ce qui devait arriver arriva. Un jour, l’évêque de Tours est passé par le village. Erec jouait près de la maison. Et tout à coup, une exclamation en voyant le petit garçon. Bien vite, je me cachai à l’intérieur. Prisca était là, elle avait compris. Elle a ouvert la porte, et a crié :
– Erec ! Viens voir maman ! Viens, fiston !
Et, regardant l’évêque, elle lui lança :
– Qu’est-ce qui vous prend ?
– C’est mon fils !
– Les évêques n’ont pas d’enfant ! Les évêques sont là pour servir le seigneur ! Quant à ce petit garçon, il est de mon défunt mari ! Bien le bonsoir, mon père !
J’ ai entendu la porte claquer. L’évêque insista pour entrer. Malgré les protestations, il finit par pénétrer dans la maison, et m’a trouvée cachée sous le lit de Prisca.
– Tiens donc ! Emma !
Il m’a tirée de dessous le lit.
– Il semblerait, ma chère Emma, que vous ayez quelque chose à cacher !
– Pas moi ! me suis-je défendue. Vous !
Cela le mit en rage. Nous nous disputâmes. Quelques heures plus tard, je fus livrée à l’Inquisition, et privée de mon fils. On a cherché d’autres marques sur tout mon corps, jusque dans tous les recoins même cachés naturellement à la vue. On n’en trouva pas. On m’a lié les pieds et les mains, mais l’évêque, qui était resté, était toujours aussi troublé par mes charmes. J’ai été de ce fait relativement épargnée. Enfin, j’ai appris qu’on me noierait. Je ne réagis pas, ou plutôt je n’ai pas voulu réagir. On m’a alors mise en cellule.

Publicités

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.