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This magic moment (Partie 2)

This magic moment

Catégorie  : Aventure/Action

Auteur : Lafaille

Résumé : Une jeune femme apprend que sa mère, hospitalisée depuis des années, a disparu. Elle décide de rejoindre son oncle à l’hôpital…

Note : Les répercussions de la folie maternelle.

La narratrice se parle parfois à elle-même, avec une sorte de double conscience, comme si elle se retrouvait seule devant un miroir.

 

 

This magic moment (Partie 2)

Dix ans de ça, diagnostic de maman : bipolaire. Elle ne s’en remettra pas.
Et dix ans plus tard, diagnostic : disparition. Voilà j’y suis – Belleville – la trouille au ventre, et les talons cassés, je rejoins l’accueil. Belleville, centre commercial du malade.

– Bonjour.
– Vous désirez ?
– Euh rien je ne désire rien.
Interloquée, elle me regarde par en-dessous ses lunettes de myope.
– Enfin si, je cherche Oncle Joe.
– Son nom ?
– Vincini ?
– Vous êtes de la famille ?
– Oui.
– Je ne le vois pas sur le registre.

Coup d’œil à gauche coup d’œil à droite, la dame en face de moi, cheveux amidonnés, cherche la sécurité. Je lui donne ma carte d’identité.

– Désolée, je ne savais pas où j’avais la tête.
Elle sourit. C’est déjà ça.
– Vous tombez bien ici plus de la moitié des gens a perdu la tête, et je ne parle pas seulement des patients.
Rassurant. Jackpot.
– Je disais donc, Oncle Joe est venu rendre visite à maman : Madame Tachin.
– Mais vous n’êtes pas mariée, comment ça se fait que vous ne portez pas le même nom que votre mère ?
– C’est elle, elle est hospitalisée depuis dix ans et elle n’est jamais ressortie, elle porte toujours le nom de son mari.
– Je vois.
Elle m’énerve celle-là avec son air condescendant, vieille folle, paranoïaque!
– Bref je veux voir ma mère.
– Mais fallait le dire avant ma p’tite dame.

Mais fallait le dire avant ma petite dame, qu’elle m’énerve celle-là.
Son visage se radoucit, un infirmier arrive à son secours.

– Quelque chose ne va pas ici ? Tu m’as appelé ?
– Non enfin si mais tout va bien maintenant.

L’infirmier très grand et très gros et très noir part, les épaules levées au ciel, marchant très lentement vers une chambre.

– Ah Oncle Joe ! Enfin te voilà !

Il me sert tendrement dans ses bras, et comme d’habitude il porte sa chapka, il l’a toujours sur la tête, même lorsqu’il fait trente. Je crois même que je ne l’ai jamais vu sans, même pas une fois. Il est tout rouge et agité, mais je suis contente de le retrouver. Je commençais à me sentir seule ici. Quelle maison de fous cet hôpital.

– Alors ?
– Alors rien.
– T’as vu son docteur ?
– Oui.
– Et ?
– Pas de nouvelles. Les autorités sont au courant de l’affaire depuis le début mais rien.
– Tu sais ce que ça veut dire ?

Oncle Joe hausse les épaules et me reprend dans ses bras. Bon dieu de merde ! lâche-t-il en essuyant ses larmes d’un revers de manche, viens on va boire un café en bas. L’infirmière de l’accueil me regarde et hoche la tête comme un signe d’assentiment. Elle m’énerve avec sa chevelure qui ne bouge pas d’un poil, on dirait qu’elle a une poupée russe sur la tête, sous ses lunettes grossissantes elle a l’air de me dire « Désolée ma p’tite dame on a affaire à des drôles ici ».
Désolée, désolée ma petite dame… Je rêve…

– Quoi ?
– Oh rien.
La cafétéria est bondée, et Oncle Joe qui ne tient pas en place, quelle famille.
– Oncle Joe ?
– Oui.
– Qu’est-ce qui s’est passé ?
– Oh j’en sais rien, elle est si calme d’habitude ta mère.
– Calme ? Maman ?
– Ouais bref on ne va pas rentrer dans ce débat-là. Le docteur est encore en entretien, avant de te voir à l’accueil je me suis renseigné, il va nous recevoir après.
– Mais il ne t’a rien dit de spécial ?
– Que-veux tu qu’il me dise de spécial ? Tout est spécial chez ta mère.

On se sourit, et ce moment de détente nous fait du bien, l’attente est si angoissante dans des moments pareils. Une grosse dame aux cheveux blond platine se lève de son tabouret si petit pour elle, et vient se mettre au centre de la cafétéria, lève les bras au ciel en baragouinant des paroles incompréhensibles, elle est en transe ma parole. Lorsqu’elle décide de les baisser, tentant de se rattraper à un coin de table, elle tombe tête la première dans un seau d’eau javellisée, splatch ! Un troupeau se précipite à son secours, et une jeune fille qui était à sa table court chercher de l’aide. Rien de grave, mais spectaculaire cette grosse dame au centre de la cafétéria, le derrière exposé et la tête coincée dans le seau. Je regarde Oncle Joe, je ne peux m’empêcher de rire, il rit à son tour, merci madame pour ce moment. Tandis qu’il me tend un mouchoir en tissus – et je crois bien que c’est le seul être que je connaisse qui utilise encore ces mouchoirs d’outre-tombe – une infirmière vient nous chercher. En me levant, je suis l’affaire grosse dame et seau, elle est à présent assise, la tête dehors, entièrement mouillée, et elle se tient les yeux, l’eau de javel ça pique ma grosse dame.

Parmi tous ces gens, un homme vient lui prêter main forte et lui donne une serviette en éponge mouillée pour qu’elle puisse se rincer un minimum les yeux. Couverte d’une multitude de regards, la grosse dame parvient à se lever grâce à deux infirmiers, sûrement les plus costauds, quels muscles les gars !

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