This magic moment (Partie 3)

This magic moment

Catégorie  : Aventure/Action

Auteur : Lafaille

Résumé : Une jeune femme apprend que sa mère, hospitalisée depuis des années, a disparu. Elle décide de rejoindre son oncle à l’hôpital…

Note : Les répercussions de la folie maternelle.

La narratrice se parle parfois à elle-même, avec une sorte de double conscience, comme si elle se retrouvait seule devant un miroir.

 

 

This magic moment (Partie 3)

 

– Teresa ! Teresa ! Qu’est-ce-que tu fais ?
– Oui oui j’arrive.

Je pense à l’homme de ménage qui se fera engueuler pour avoir laissé ce seau en plein milieu de la pièce, peut-être perdra-t-il sa place, oh je ne l’espère pas, c’était bien ça Monsieur merci Monsieur.

– Vous venez voir Madame Tachin ?
– Euh… oui c’est ça.

On se sourit, elle n’est sûrement pas au courant, ou elle est nouvelle, ou le directeur de l’établissement a donné l’ordre de ne prévenir personne, éviter la panique générale à tout prix au risque sinon de perdre sa réputation. On ne voudrait pas provoquer une émeute puis fermer boutique. Arrête de divaguer Teresa, ce n’est vraiment pas le moment. Oh pis merde j’emmerde le moment. Vous avez vu la situation.

L’infirmière, un joli brin de fille de vingt-cinq ans environ, pas plus, semble muette depuis qu’elle nous a entendu rire à la cafétéria. D’un geste de la main, elle nous indique la salle d’attente du docteur Giron. Tandis qu’elle ferme la porte sans mot dire, nous laissant seuls avec notre attente, Oncle Joe et moi nous nous regardons et nous comprenons tout deux en même temps, d’un simple regard, que la vérité sera dure à avaler. Le silence nous aide pas et nous n’avons ni l’un ni l’autre envie de discuter, atmosphère pesante, j’étouffe. Un repos languissant avant d’affronter la tempête. Côte à côte assis sur des chaises de bureau vintage – et l’endroit ne s’y prête pas vraiment – pauvres oignons que nous sommes, je ne peux m’empêcher de penser au pire. Et le meilleur arrive, le docteur Giron ouvre la porte à une famille en larmes, sûrement la mère et la fille – elles se ressemblent trait pour trait – leur sert la main et nous invite à entrer dans son cabinet. Ce beau docteur a une mine affreuse, pourtant je l’imagine nu m’étreignant dans ses bras musclés et rassurants. Ce bel homme ferait un bien bel amant dans mon lit. La porte du cabinet claque derrière nous. Verdict. Le docteur nous invite à s’asseoir en face de lui et à son tour s’assoit en face de nous en soupirant, c’en est presque vexant. Mais l’heure n’est pas à se vexer. Pour la première fois de ma vie, je vois Oncle Joe enlever sa chapka, le moment est grave. Sans, il ressemble à maman.

– Bon je ne vais pas passer par quatre chemins et vous faire perdre votre temps. Votre mère, il se tourne vers Oncle Joe, votre sœur, a fait crise sur crise ces dernières semaines, elle décompense depuis un mois, elle a failli tuer notre infirmier le plus costaud, et une infirmière est dans un état critique depuis deux semaines.
– Nous sommes désolés, dit Oncle Joe en me regardant longuement.
Je hoche la tête vers Oncle Joe puis vers le beau docteur.
– Vous n’y êtes pour rien. La semaine dernière elle a été placée en salle d’isolement, j’ai essayé de vous prévenir mais je n’ai jamais réussi à vous joindre. Et croyez-moi j’en suis désolé.

Le docteur joue avec son stylo bille tout en nous regardant avec son air grave, puis yeux rivés immobiles vers le bureau tel un enfant venant avouer une bêtise, il reprend :

– Il y a environ deux semaines, avant qu’elle ne s’attaque à ma collègue, l’équipe et moi avons décidé de modifier son traitement, on l’a sortie de l’isolement mais placée sous surveillance. Malheureusement nous avons échoué, le nouveau traitement n’a fait qu’empirer son état.
– Mais pourquoi vous nous avez pas prévenu ?
– Je vous l’ai dit, vous n’étiez pas joignables, je suis sincèrement désolé.

Oncle Joe me regarde perplexe, ses yeux vont sortir pour me manger.

– Tu n’étais pas joignable ?
– Si, en fait non. Je t’expliquerai.
– Bref ça ne change rien maintenant.

Le téléphone retentit. On se regarde. On a peur. Les nausées me reprennent. Oncle Joe remet sa chapka.
Le docteur devient blanc comme la peinture au mur, il tremble, touche son stylo nerveusement, évite notre regard. On comprend en une fraction de seconde que l’irréparable s’est produit.

Bip bip bip… Bip… pppp

– Désolé je viens d’apprendre par les autorités de Manhattan que Madame Tachin a été retrouvée morte ce matin à l’aube…
– On a compris, ne vous embêtez pas.
– Voici, le docteur tend une carte de visite, le numéro de téléphone de l’inspecteur se chargeant de l’enquête, si vous avez besoin de quoi que ce soit, n’hésitez pas. La police va vous appeler pour identifier le corps mais vous pouvez l’appeler avant. Je vous préviens ça ne va pas être beau, la police l’a retrouvée dans l’Hudson River. Toutes mes condoléances.

Maman, tu es morte le jour de mes trente ans, comment t’as pu me faire ça ? Joyeux anniversaire Teresa !
Maintenant que tu es grande tu peux souffler tes bougies toute seule !

FIN

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