Toujours plus (Partie 2)

Catégorie : 

Science-fiction/Anticipation

Auteur : 

Chloé Garcia

Résumé :

La musique doit se voir comme un sport. Il faut s’entraîner, s’acharner et ne jamais se démotiver. Malgré un travail dévoué et un talent incontestable, la perfection est-elle atteignable ?

Toujours plus (Partie 2)

L’ensemble de six harpes me permet de perfectionner mon répertoire classique et mon sens du rythme, mon groupe de musique médiévale me détend et me plonge dans le passé, mon groupe de musique celtique me fait danser et chavirer aux sons d’accords mélodieux que j’adore, et mes camarades de folk métal m’entraînent dans un tout autre univers où les doux sons de ma harpe s’harmonisent à merveille avec les voix gutturales et les riffs des guitares.
Je ne pensais pas un jour pouvoir vivre de la musique ou que mon rêve devienne réalité. Je m’entraîne des heures chaque jour et je suis aussi suivie par un coach sportif qui m’aide à me détendre et à vider mon esprit. Les bras, les épaules et les poignets subissent autant de terribles épreuves que le dos et les jambes, notamment quand je dois composer avec les pédales de ma harpe classique, qui pèse d’ailleurs bien lourd quand je la compare à ma petite harpe celtique. La musique demande un esprit sain, tout autant qu’un corps sain. Rien n’est laissé au hasard et ma vie est réglée à la minute près.
Depuis des semaines, je m’acharne sur les morceaux d’un concours d’importance capitale qui pourrait me voir entrer dans un orchestre symphonique de musique de films et de musique classique. J’en ai toujours rêvé ! Chacune de mes journées s’organise autour de la répétition de ces cinq morceaux et je suis impitoyable avec moi-même, bien plus que ne l’est ma nouvelle professeure. Ses méthodes strictes me rebutent souvent mais je m’améliore à son contact et cherche davantage la précision du doigté. Mes mains doivent se positionner au centre de la table des cordes, mes coudes, mes bras et mon poignet doivent être souples, mon dos doit être ferme et léger à la fois, et mes doigts doivent tous s’aligner sur une même ligne de jeu. La beauté des positions, quand je parviens à enfin les réaliser avec finesse, me coupe le souffle et génère une grande satisfaction.
— Kara, peux-tu m’apporter de l’eau ? Je meurs de soif ! dis-je alors que je m’étire les bras, m’octroyant une pause bien méritée.
Ce morceau me donne des crampes en m’obligeant à enchaîner les harmoniques de la main gauche. Je déteste cette technique très peu confortable qui met mon poignet au supplice.
— J’arrive, mademoiselle !
Je m’assieds sur le lit et souffle doucement. J’entends Kara qui monte les marches de sa démarche sûre d’androïde. Seuls des voyants sur son front la différencient des humains. Grâce aux avancées technologiques, les Hommes ne s’adonnent plus aux tâches pénibles. Grâce à Kara, je ne cuisine plus, je ne vais plus faire les courses, je ne fais plus le ménage et je ne pense plus qu’à la musique, cette activité passionnante qui rythme chacune de mes pensées et chacun de mes gestes. J’ai l’impression de vivre enfin sans toutes ces entraves me reliant à mes besoins primaires.
— Merci Kara, dis-je avec un sourire. Qu’as-tu pensé de la dernière partie du morceau ?
— Décousue mais chaleureuse, me répond-elle en fixant l’instrument.
J’acquiesce. Je dois encore travailler pour trouver un semblant d’ordre. Je la remercie et Kara me laisse reprendre mes exercices. Je me surprends souvent à oublier le fait qu’elle soit une machine. Ses yeux et ses réflexions donnent l’impression qu’elle ressent ce qui l’entoure alors que cela n’est pas possible. Je dois sans doute rêver.
Après quelques heures de travail attentif, je décide de m’arrêter et descends les escaliers. Une odeur agréable de blanquette de veau atteint mes narines. Kara est une cuisinière hors pair. Je m’affale sur le canapé devant la télévision en espérant que le dîner ne tarde pas. Je zappe sur la télécommande et tombe sur le journal du soir. Je m’y désintéresse vite et rêvasse paisiblement, bercée par les bruits des couverts qui s’entrechoquent.
Soudain, une mélodie somptueuse me détourne de mes pensées et je tourne mon regard vers l’écran. Un harpiste exécute avec précision et pureté une symphonie que je connais par cœur. Ses doigts bougent avec habilité et son corps se meut avec efficacité et exactitude. Il nuance les couplets qui se détachent du refrain plus endiablé, et son corps, en phase avec la musique, tremble d’émotions. Je l’envie, tant cela semble facile. Pour la première fois, le mot perfection frôle mes lèvres. Qui est-il ?
Lorsqu’il termine, il se tourne vers la caméra. La vue de son front me coupe le souffle. Le harpiste est un androïde ! Il a joué sans raideur mécanique tout en parvenant à dégager l’âme du morceau ! L’angoisse m’envahit et ma respiration se fait haletante. Comment rivaliser face à la perfection ? L’évolution des machines annoncera-t-elle la fin du sport et de la musique chez les humains ?


FIN

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