Un instant avec Dieu (Partie 1)

Catégorie : 

Fantastique/Merveilleux

Auteur : 

Chiaramarino

Résumé :

Quand Dieu apparaît…

Un instant avec Dieu (Partie 1)

– Quand je pense que même Gérard n’aurait pas aimé avoir tous ces salamalecs pour son fichu enterrement… glissa un homme à son voisin, dans un recoin de l’église.
– Oui, ça se traîne…
Le voisin bailla. Derrière lui, une femme tricotait, faisant semblant d’être intéressée. Quelqu’un d’autre fut pris de toux et, de plus en plus, l’église fourmillait de petits bruits. Les petits-enfants du défunt avaient aussi du mal à se tenir tranquilles, peu habitués à la fréquentation d’un tel endroit.
– … Gérard Cousin, disais-je, qui croquait la vie à pleines dents avant de tirer sa révérence, est venu ici retrouver le Très Haut…
Au premier rang aussi, on étouffait des bâillements. Le prêtre s’interrompit :
– Vous écoutez, au moins ?
Il eut droit à un « oui » poli, reprit son homélie où il l’avait laissée. Cinq minutes plus tard, il entendit une femme intimer aux enfants de se taire, approuva discrètement et continua.
– Quelle barbe, ça n’en finit pas… fit une nièce du défunt, suffisamment haut pour que le prêtre l’entende, sans toutefois le faire exprès.
– C’est vrai, tonton Gégé aurait détesté, approuva son frère de la même façon, et le prêtre entendit le frémissement, la désinvolture de ses ouailles.
– Pardonnez-moi, mais vos remarques sont très déplacées ! tonna-t-il tout à coup, et tous se turent, surpris.
– Je vous en prie, continuez, fit la veuve du défunt, au supplice.
– Uniquement pour ceux qui croient et respectent Dieu !
Le ton du prêtre était tel, que l’assistance, l’espace d’un instant, resta figée.
– Et Son fils, du haut de Sa croix, vous regarde ! Cessez d’offenser Sa vue, et que ceux qui ne croient pas en Dieu aillent dehors !
– Volontiers ! lança quelqu’un. Viens, Micheline, on va prendre l’air !
À son grand désarroi, le prêtre vit son église se vider en un clin d’œil, eut un gros soupir. S’il restait une dizaine de personnes, c’était le maximum.
– Mon Dieu, pardonne-leur… murmura-t-il avant de reprendre son office.

– Pauvre tonton Gégé… fit le neveu du défunt à sa sœur, histoire de reprendre la conversation entamée dans l’église.

– Il n’est quand même pas gêné, le père Gandelin, fit le frère du défunt. Virer tout le monde ! Ça ne se fait pas !

– Tu te faisais chier autant que nous, papa.

– Antoine, voyons ! le rabroua sa mère.

– De toute façon, je préfère attendre dehors, moi aussi, dit Jules, le frère du défunt. Il fait même plus chaud ici !

– Oui, la saison s’annonce bien, commenta un de ses amis, Jean-Paul, tout en allumant une cigarette. Bientôt, on pourra être en bras de chemise…

– Et quels sont vos projets, pour l’Ascension ? demanda la femme de Jules, Anne, à Jean-Paul.

– Oh, je ne sais pas… Sabine et moi pensions à la Bretagne, à moins qu’on aille chez ma sœur à La Rochelle… Et vous ?

Antoine et sa sœur avaient retrouvé la dame au tricot, entourée de ses enfants et de ses petits-enfants, qui était une amie d’enfance de Gérard. Il avait été le parrain de l’aîné de ses petits-enfants, Olivier, mais ce dernier n’avait jamais aimé fréquenter les bâtiments de culte, d’autant plus qu’un de ses amis s’était radicalisé, en faisant partie d’un mouvement anti-avortement, entre autres « diableries ». Olivier était très content de l’initiative du prêtre, et en profitait pour peloter sa fiancée, qu’il devait épouser quelques mois plus tard. Ils s’étaient mis dans un coin, et tout à coup, Justine s’exclama :
– Oh ! Le beau chat !
Alors tous deux entendirent une voix grave, comme venant du chat :
– Je vous en prie, faites comme si je n’étais pas là…
Les deux amoureux regardèrent partout, et le chat s’approcha du couple, pour se frotter aux jambes de Justine.
– C’est vrai qu’il est mignon, remarqua Olivier. Il a une façon de se tenir… malgré son petit bidon…
– Oui, il est bien nourri ! fit Justine en riant.
– Ça m’est égal, je sais que je suis le plus bel être de la Création.
Olivier et Justine sursautèrent, mais le chat ne partit pas, les regardant en penchant la tête, ce qui le rendit absolument craquant. D’ailleurs, leur réaction immédiate à tous deux fut de le caresser.
– Que tu es beau ! fit Justine en lui grattouillant la gorge.
– Pourtant c’est un chat de gouttière, mais c’est vrai, qu’il est beau…
– Il a un regard magnétique…
– Oh, merci, c’est bon…
Et le chat se roula par terre. Justine se coucha dans l’herbe pour lui flatter le ventre. Des enfants arrivèrent en courant, contents de ne plus être obligés de se taire, et de pouvoir courir. Le chat se leva pour aller vers eux, et la dame au tricot s’exclama, le reconnaissant :
– Mais c’est Zéphyr !

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