Un monde par fée (Partie 11)

Un monde par fée

Catégorie :

Fantastique/Merveilleux

Auteur :  

Chloé Garcia

Résumé :

Ylsiirha est une jeune fée qui vit en symbiose avec son porteur, Arthur. Son physique lui déplaît tant qu’elle ne parvient pas à s’accepter. Son reflet l’insupporte et son souhait le plus cher est de ressembler aux créatures féeriques des contes pour enfants.
Quand le Conseil Fée-des-Rahl la convoque, Ylsiirha prend peur, sans se douter que ses complexes pourraient peut-être la sauver et lui offrir le destin dont elle rêve vraiment.

Un monde par fée (Partie 11)

Des Fées-Roces entrent dans la minuscule pièce et me soulèvent par les bras sans que je n’aie le temps de dire quoi que ce soit. Une fois remise debout, ils me poussent pour que je les suive et je traverse à leurs côtés plusieurs couloirs que personne n’a dû entretenir depuis des années. Je n’aurais jamais cru que les décorations du Palais me manqueraient. Mes maux de tête reprennent et je titube, vite rattrapée par les gardes peu commodes. Nous croisons d’autres colonnes en patrouille entourant d’autres fées que je sens aussi perplexes que moi. Je ne sais pas si je dois être rassurée. Après quelques minutes de marche intensive, nous émergeons dans une grande salle bruyante aux plafonds hauts. Des centaines de fées, assises devant une estrade, discutent avec véhémence et ne font pas attention aux derniers arrivés. Complètement effarée par ce regroupement dont je n’avais jamais entendu parler, je m’assois sans discuter et essaie de me calmer, les mains sur les genoux et le regard dirigé vers mes pieds. Est-ce une secte ? M’ont-ils droguée et attachée pour que je ne sois pas au courant du chemin ?

– Silence !

Toute à mes interrogations, je n’ai pas vu qu’une personne était montée sur la scène. Ce que je vois me pétrifie. L’orateur n’a rien d’une fée et ressemble davantage aux démons qu’Arthur dessine pour ses jeux de rôle. Un insigne doré sur sa poitrine en forme d’aile le désigne comme le représentant de la divine Mère. Je ne comprends plus rien. Ses longues griffes touchent presque le sol, son visage, d’une teinte verte, plein de poils et immonde, semble déformé, et son corps, fin et disproportionné, me rappelle certains films d’horreur humains. L’assistance n’a pas l’air perturbée et ne parle plus, attendant patiemment que l’horreur personnifiée entame son spectacle. Je ne me sens pas à ma place et analyse la pièce pour y détecter les sorties éventuelles. Les gardes sont nombreux et bloquent tous les passages. Je reconnais ceux que j’ai vu hier, au Palais. D’autres détails me sautent alors à la figure. Mon voisin possède lui aussi de longues serres effrayantes et des yeux globuleux. Une fée, à deux rangs devant moi, n’a plus d’ailes transparentes mais des voilures noires et crochues. Plusieurs Fées-Longs, à la peau verte, sont ignobles avec leurs lèvres tordues et leurs joues difformes. Je sens la crise d’angoisse monter et m’examine sous toutes les coutures. Mes mains, mes jambes et mon corps me paraissent aussi moches que d’habitude et je souffle, soulagée. Je me concentre de nouveau pour écouter.

– … louée. Notre groupe ne fait qu’augmenter, renaissance après renaissance et j’en suis fier. Notre peuple se reconstruit et pourra bientôt accomplir ce pour quoi il a été créé depuis la nuit des temps. Regardez-vous ! Ressentez-vous les prémices ? Voyez-vous vos ongles devenir majestueux, vos bras se renforcer et vos jambes s’allonger ? Nous sommes magnifiques ! Nous sommes ce que la nature a offert de plus beau à cet univers pauvre et décadent.

La foule applaudit et je reste figée. L’orateur, doué, fixe chacune des fées présentes et parle d’un ton clair et confiant. Quand il croise mon regard, je me sens nauséeuse. Ses gestes sont justes et sa démarche assurée. À la fois apeurée par son apparence et fascinée par son charisme, je le fixe et l’écoute avec attention.

– De nouvelles recrues nous ont rejoints mais nous ne pouvons pas encore leur faire confiance. Même s’ils ont passé l’épreuve du miroir avec succès, il leur faudra réussir les autres étapes et nous prouver qu’ils sauront être de bons soldats le moment venu. Cependant, souhaitons-leur la bienvenue !

L’enthousiasme de l’assemblée me fait mal. Je commence à comprendre le quiproquo qui a fait croire au médecin que je me voyais en train de me transformer. Mes complexes m’auront sauvé la vie ! Je songe à Clérila et une immense tristesse m’envahit. J’applaudis avec automatisme et jette un œil aux Fées-Longs près des portes de sortie. Plusieurs d’entre eux me regardent méchamment comme s’ils voulaient me jauger. Je ne me sens pas en sécurité. Pour mon bien, je tente de me fondre dans la masse et de paraître aussi enjouée que mes camarades. Bien qu’étrange et totalement dingue que soit cette secte, je ne veux pas avoir de problème. Qui veillerait sur Arthur si l’on m’emprisonnait ?

– Avant de passer à l’ordre du jour, je vais leur expliquer ce qui se passe, même si certains l’auront deviné, n’est-ce-pas ? dit le démon d’un air moqueur avec un rictus des plus effroyables.

Me sachant observée, je bouge la tête négativement, montrant ainsi mon implication. Je veux comprendre à qui j’ai affaire.

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