Un monde par fée (Partie 4)

Un monde par fée

Catégorie :

Fantastique/Merveilleux

Auteur :  

Chloé Garcia

Résumé : Ylsiirha est une jeune fée qui vit en symbiose avec son porteur, Arthur. Son physique lui déplaît tant qu’elle ne parvient pas à s’accepter. Son reflet l’insupporte et son souhait le plus cher est de ressembler aux créatures féeriques des contes pour enfants.
Quand le Conseil Fée-des-Rahl la convoque, Ylsiirha prend peur, sans se douter que ses complexes pourraient peut-être la sauver et lui offrir le destin dont elle rêve vraiment.

Un monde par fée (Partie 4)

Le harfang hulule, satisfait, et nous présente son aile droite. Le Fée-Long monte le premier. Je salue notre monture respectueusement, imitant le garde, et m’empresse de m’installer derrière lui. Arthur dort toujours. Rassurée, je commence à me détendre. La promenade débute aussitôt et je dois m’accrocher puissamment pour ne pas tomber tant le vent m’assaille. J’avais oublié comme les traversées volantes peuvent être grisantes. Nous dépassons une multitude de maisons et d’arbres avant de plonger plus profondément dans la forêt voisine. Certaines créatures nous saluent sur le passage quand d’autres fuient pour se cacher. Notre aura les a prévenues de notre venue. J’admire les chouettes emmitouflées dans les bois et prends le temps de regarder les étoiles qui dépassent des feuillages. Le Roi vole bas et prend du plaisir à frôler les plantes ou les troncs. Son excitation m’atteint et je me sens libre. La vie grouille dans tous les recoins et ne m’a jamais paru autant ardente et pleine d’enchantement. Neejil semble aussi calme que moi et profite de la balade.

Après quelques minutes agréables, le harfang ralentit sa course et se pose au pied d’un immense bouleau. Nous descendons avec souplesse en essayant de ne pas lui faire remuer ses plumes plus que nécessaire. Le garde se positionne devant le rapace pour le remercier. Sa politesse et le respect qu’il porte au Roi du couchant me plaisent. Peut-être que Neejil n’est pas si ignoble finalement. Je m’approche et imite le Fée-Long. L’oiseau hulule avec puissance et reprend son envol, nous projetant au sol. Fascinée, je le suis du regard quelques secondes avant de me tourner vers mon partenaire qui attend. La patience n’est pas une des caractéristiques des soldats alors je le suis prestement. Il contourne le bouleau et appuie sa main à un endroit bien précis sur le bois légèrement humide. Une faible lueur s’échappe des fissures de l’arbre et dessine une porte à notre taille. Neejil appuie alors plus fort, faisant basculer l’écorce vers l’intérieur, pour nous donner accès à la cité Fée-Rie. Je le suis, un peu hésitante.

D’autres Fées-Longs, accompagnés de Fées-Lés, nous accueillent et nous barrent la route. Ils scellent prudemment l’entrée derrière nous et nous demandent nos codes personnels. Neejil les salue avec vigueur tout en énonçant clairement son matricule et ses fonctions. Quand vient mon tour, je sors péniblement les huit chiffres qui me correspondent.

– Ylsiirha Fée-Ria, matricule 88958523, porte-parole du coven du Couchant.
– Validé, émet la bouche d’un Fée-Lé de manière robotique, après avoir coché une case sur son calepin et m’avoir jeté des coups d’œil incisifs.

Les gardiens de la cité nous laissent passer et nous donnent un document attestant de notre droit à circuler. Mon peuple ne rigole pas avec les règles et est connu pour sa rigidité. Le moindre geste et chaque phrase sont codifiés lorsqu’il s’agit de visiter le Conseil. Si un gardien détecte un faux pas ou une anomalie dans notre intonation, il peut nous enfermer dans les prisons souterraines du Bois Obscur sans avoir besoin d’aucune preuve. D’après ce que j’ai entendu, il y ferait très froid et sec, annihilant toutes nos réserves d’énergie et nous laissant totalement vidés, sans possible retour vers notre hôte pour nous reconstruire. Je frémis rien qu’à imaginer cette terrible sentence. Des Fées-Roce, au masque blanc et à la cape marine, nous escortent et nous surveillent de près. Neejil marche devant moi avec une assurance que je lui envie. Je ne vais quasiment jamais dans les cités, préférant l’air du soir à la senteur des troncs renfermés. De plus, je me sens très attachée à mon jumeau et ne supporterais pas de le quitter aussi longtemps. Je me demande comment font toutes ces fées sans leur protecteur à leur côté. Suis-je bizarre ?

Cependant, je dois bien admettre que Fée-Rie est grandiose et magnifique. Mes yeux ne savent plus où se poser. Les escaliers se multiplient jusqu’à l’infini et tournent sans s’arrêter jusqu’au sommet. Les chemins s’emmêlent et s’entremêlent, alignant les marches à perte de vue. Plusieurs groupes de souris et autres mulots transportent mes frères et sœurs là où ils le souhaitent. Grimper nous demanderait la force et l’endurance que nous n’avons pas. Je remarque également quelques écureuils occupés à manger et se faire masser par des fées souriantes. Chaque étage est agrémenté de parterres de fleurs et de petits potagers dont s’occupent fièrement quelques fées travailleuses à coups d’échelles, de poulies et de cordes.

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