Une lueur d’espoir (Partie 2)

Catégorie : 

Science-fiction/Anticipation

Auteur : 

Chloé Garcia

Résumé :

Le métier de Lumineur est parfois dangereux. Plus que de simples tâches répétitives, il offre de l’émerveillement, et permet à tous les habitants du dôme d’admirer un ciel étoilé de toute beauté.
Cette activité demande de lourdes charges, et le gouvernement veille au grain pour que les Lumineurs accomplissent leur travail dans les délais et dans le respect des règles le plus total.
Pourtant, quelques fuites sont parfois irrémédiables…

Une lueur d’espoir (Partie 2)

Ils m’amusaient et je profitai de leur présence pour me détendre et apprécier la stabilité nouvellement retrouvée de mes pieds. Une main d’un enfant dans chaque poignée, je leur racontai comment le vent avait failli me déstabiliser. Leurs cris d’effroi me firent sourire. Je continuai à leur narrer toutes sortes d’aventures, notamment celle qui m’avait vu coincé seul, dans le noir, quand l’électricité du ciel avait été coupée et que les plateformes ne pouvaient plus me guider dans le noir. Je savais qu’ils la connaissaient déjà mais ils l’adoraient, et ne s’en lassaient jamais.

– Les enfants, nous allons finir par être en retard !

Quelques parents les appelaient au loin et je leur dis de vite rejoindre leurs familles. Ils me promirent de venir me revoir et coururent à l’autre bout du trottoir. Les mains à présent vides et sans chaleur, je les mis dans mes poches et levai la tête. Les concepteurs du dôme avaient triché et nous voyions bien plus d’étoiles que lorsque nous vivions, il y avait une éternité, sous un véritable ciel. Le regard fuyant vers les faux-cieux, je me mis à réfléchir sur notre place dans l’univers et sur notre futur incertain.

Reverrons-nous un jour la beauté d’un coucher de soleil ou la magnificence de la Voie lactée, telles qu’elles sont présentées dans les livres d’histoire ? Né sous le dôme, je n’avais pas connu la joie de courir sans craindre de se frotter aux parois de verre, ni la sensation de liberté que l’on devait ressentir face à la mer, une autre étendue bleue sur laquelle je rêvais de poser mes yeux. Le gouvernement semblait ravi de guider nos vies.

Je ne l’avais pas remarqué mais un petit garçon m’observait. Je le reconnus. Il m’observait chaque matin et chaque soir, caché dans les buissons. Abandonné par ses camarades, il s’était assis sur le rebord du trottoir et attendait patiemment que je vienne vers lui. Son côté solitaire m’interpellait et me faisait penser à moi. Je m’assis à ses côtés.

– Tu sais où sont tes parents ? demandai-je prudemment.

Il acquiesça et ne dit pas un mot. Le rouge sur ses joues témoignait d’une timidité difficile à gérer. Il leva sa main droite et s’approcha de moi. Son index vint percuter mon insigne de Lumineur, un cercle empli d’étoiles, simple et efficace, entourant la devise « Faites briller les étoiles ». Je le détachai et le lui déposai dans le creux de sa main.

– Tiens, prends-le.

Il me regarda avec des yeux ronds, surpris par ma démarche.

– Ne t’en fais pas, je dirais qu’il est tombé et on m’en donnera un autre.

Le petit garçon hocha la tête et déposa l’insigne tout près de son cœur, comme s’il était précieux, et ce devait être le cas pour lui. Il se pencha avec maladresse et déposa un léger baiser sur ma joue. Médusé, je restai tétanisé et n’eus pas le temps de lui dire au revoir. Il avait filé et devait certainement se diriger vers le centre-ville. Je décidai d’y aller également, sans rentrer d’abord par chez moi. Je ne souhaitais pas retrouver mon intérieur sombre alors que le ciel brillait intensément.

Plus j’approchai de la mairie et plus je sentais l’effervescence de la foule. La fête des Étoiles Filantes allait bientôt commencer et le spectacle serait, comme à chaque fois, extraordinaire. Les technologies qu’employait le dôme pour distraire ses habitants me fascinaient. Des pancartes et des affiches colorées inondaient les lanternes et les arbres, des banderoles serpentaient entre les maisons et passaient même au-dessus de la route, et j’aperçus des camions de police dont les employés devaient maintenir l’engouement des habitants pour que l’évènement se passe sans encombre. Quelques enfants et adultes me saluèrent avec emphase. Tout le monde me reconnaissait même sans mon insigne. Célèbre, mon visage arpentait souvent les pages des journaux du dôme qui narraient mes différentes aventures, ainsi que celles de mes collègues. J’en croisai d’ailleurs quelques-uns et les saluai d’un mouvement de la tête. Chacun avait son secteur bien défini et nous ne nous croisions pas si souvent.

Quand je posai les yeux sur la foule, un chagrin bien connu m’envahit. Je n’avais plus de famille et ma peur de perdre l’autre m’empêchait de m’attacher facilement. Considéré comme asocial, je vivais seul et cela me convenait la plupart du temps, quand je n’y pensais pas. On choisissait les Lumineurs parmi ceux qui avaient le moins de compassion possible ainsi que le moins de contact avec les autres. Pendant longtemps, je n’avais pas compris pourquoi mais, maintenant, je saisissais tous les tenants et aboutissants. Je levai une fois de plus les yeux vers le faux-ciel et une larme se mit à couler. Frotter les étoiles pour qu’elles brillent me plaisait tant. Que deviendrait ma vie si l’on m’interdisait la pratique de ce métier magique ? Que deviendraient-ils sans moi ?

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