Une signature ou la vie (Partie 4)

Catégorie : 

Science-fiction/Anticipation

Auteur : 

Chloé Garcia

Résumé :

L’humanité est contrôlée : ses moindres faits et gestes sont surveillés. Stéphane travaille dans un centre qui aide au maintien de cette société totalitaire, en vérifiant que chaque individu possède des papiers en règle. Alors qu’il doit traiter le dossier d’un nouveau client, il se rend compte que sa vie ne lui plaît plus et que ce système extrémiste le tue à petit feu. Que sera-t-il prêt à sacrifier pour changer de vie ?

Une signature ou la vie (Partie 4)

— Très bien, commençai-je. Vous allez me dire chez quel coiffeur vous souhaitez vous rendre. Ensuite, je vous imprimerai une demande de prise de rendez-vous pour cet établissement, une fiche à remplir sur vos objectifs et la couleur désirée, une requête pour la division des identités afin que l’on vous change la photographie de la carte, ainsi qu’une requête auprès du service de la police de votre quartier pour qu’ils modifient votre dossier en conséquence. Une fois tous ces documents signés, vous reviendrez me voir pour que je valide le tout et constate que cela s’est bien déroulé.
— Paaarfait, s’exclama-t-elle. Je voudrais également une attestation pour que mon Teddy soit autorisé à entrer chez Femme Moderne, roucoula-t-elle en caressant son chien affectueusement.
— Je vous prépare ça.
Pendant que je lui imprimai tous les documents, elle se mit à déblatérer sur sa vie bien rangée, qui me paraissait bien morne, comme la plupart des vies des citoyens de ce pays. Avec Sandra, j’avais cru que cela allait être différent car elle m’avait confié être une rebelle. J’avais été profondément déçu. Elle suivait scrupuleusement la moindre des procédures. Pire, elle ne s’était jamais laissée aller à changer d’avis sur un film que nous allions voir ou un restaurant que nous avions réservé. Aucune surprise, une routine terne, le moindre évènement planifié. J’avais été trop lâche pour modifier notre quotidien moi-même. Je réalisai soudain que je ne savais pas me révolter, bien que j’en avais l’envie. Elle avait eu raison de me plaquer. Je me disais idéaliste alors qu’aucun de mes actes ne le montrait. Je ne cessais de me mentir.
La cliente, à l’apparence plutôt commune et à l’histoire sans tache, me semblait aussi insipide que moi. Vie réglée, plaisir de se soumettre aux lois, sourire constant… Seul son enthousiasme la distinguait de ce que j’étais ; j’avais perdu la foi. Je n’avais rien à voir avec celui que je désirais être. J’avais peur de déroger aux règles et de ne plus appartenir à la classe des citoyens modèles si je commençais à dévier. Les stages de remise à niveau m’effrayaient et je ne voulais pas être catalogué comme mauvais. Ma place m’importait finalement plus que ce que je croyais. Le visage de Stanislas s’imposa à moi. Cet homme semblait avoir vécu une vie passionnante et, à cause de la guerre, désirait se ranger. Une étrange pensée m’assaillit : je ne pouvais admettre qu’il se ferme à la liberté qu’il avait connue chez lui. Je souhaitais l’aider. Je voulais l’empêcher de commettre une erreur irréparable et qu’il ne devienne comme moi : mort à l’intérieur et lâche à l’extérieur. Il méritait mieux que de vivre dans mon pays arriéré.
— Merci et bonne journée !
Ma cliente me fit sursauter. Elle me jeta un coup d’œil étrange et s’en alla, tous les papiers en main, son Teddy qui dodelinait de la tête et de la queue. Je la suivis un moment des yeux et me pris la tête entre les mains. Comment pourrais-je convaincre Stanislas de quitter le pays alors qu’il cherchait un lieu pour se protéger et démarrer une nouvelle vie ? D’autres clients se succédèrent et Marlène m’insupporta avec ses conseils pour garder belle mine. J’aidais deux femmes à signer leurs documents pour la réservation d’un restaurant, une autre pour que son enfant prenne des cours de piano, un homme pour son inscription à une salle de sport, et deux autres pour l’achat d’une voiture. La fin de la journée approchait. Je me languissais. J’avais besoin d’air et espérai que Stanislas n’avait pas oublié notre rendez-vous. Il avait répondu « oui » sur le post-it à mon invitation à boire un verre dans un bar du quartier. Je n’avais pas le droit de me lier à des clients, alors j’avais préféré rester discret.
— Bonne soirée, Marlène, m’exclamai-je quand je passai devant la réception, trépignant d’impatience à l’idée de revoir Stanislas.
— Oh, tu as l’air plus en forme que tout à l’heure, me dit-elle avec un clin d’œil. Je suis sûre que tu vas voir une fille !
— Euh… Oui, mentis-je effrontément sans que cela ne me pose apparemment de problème. Sandra a accepté de me revoir ce soir pour que l’on discute.
— Je suis contente pour toi, me sourit-elle sincèrement tout en remontant l’une de ses mèches brunes.

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