L’être suspendu

L'être suspendu
Catégorie : Aventure/Action
Auteur : Lafaille
Résumé : Une jeune femme intelligente, et se sentant décalée par rapport au reste du monde, se pose des questions à propos de l’existence, et de l’avenir.

Note : Une jeune femme est traversée par de multiples pensées à l’approche du bac.

Avertissement : Biographie imaginaire sous forme de journal intime.
L’être suspendu

Il est quasi 23 heures à ma montre, je dois me coucher tôt. Dans 15 jours, je passe le bac. Mais une force invisible m’empêche de voir plus loin que l’heure prochaine, et d’appréhender l’examen. Je suis reine de la procrastination. La majorité pense que je suis paresseuse. D’autres disent que je suis en avance. Je refuse de me prononcer à ce sujet.

À dire vrai, je m’en tape.

Je ne suis pas stressée par les épreuves du baccalauréat, je ne suis juste pas là. Mon être entier est aspiré par cette fissure au plafond, je ne peux m’empêcher de la lâcher du regard. Je suis perdue dans la stratosphère, dans un vide métaphysique dans lequel je m’engouffre de plus en plus loin, jusqu’à la crise d’angoisse. À cette heure, je suis comme morte.

J’ai bientôt 15 ans, je m’appelle Justine L., je suis en puissance de devenir. Je ne suis pas encore.
Je suis une inadaptée, je ne corresponds pas aux diktats esthétiques, éthiques, et intellectuels de cette société, je suis en marge.

Le bac ? Je ne sais pas pourquoi je le passe. D’ailleurs, vais-je le passer ? Il est encore temps de fuir les exigences absurdes de ce monde, de contrer les pouvoirs invisibles cachés en son sein qui contraignent mes parents à me répéter : passe ton bac d’abord !

Mais je suis étrangère à toutes formes d’ordre, je suis par conséquent intouchable. C’est ma force. Ma puissance d’être. Et malheureusement ma faiblesse dans cette société.

Je ne me suis pas présentée à l’examen. Et pour cause d’absentéisme répété, je ne peux le repasser dans cet établissement, les absences à la majorité des cours durant toute l’année scolaire ont été jugées inacceptables par les professeurs lors du dernier conseil de classe. Une lettre de la main du Directeur adressée à mes parents est arrivée ce matin dans la boîte aux lettres stipulant que le comportement de leur fille était considéré comme un acte d’insubordination. Rien que ça !

Ma mère comme mon père sont aux bords de la crise de nerfs, mais ce dernier événement passe à la trappe, ils vont divorcer.
Je possède déjà l’intelligence et l’humour d’une future dépressive, avec cette allure à la Daria, je me sens proche des Hikikomori, ces jeunes japonais qui se retirent du monde, tapis dans leur chambre, pour ne rien faire.

Malgré les nombreux appels du vide lorsque je suis en train de scruter, étendue sur mon lit, cette foutue fissure grandissante qui tente de m’aspirer à chaque fois que je la regarde, je ne suis pas tout à fait comme eux, je sors souvent de la maison parentale pour éviter le raffut de leurs engueulades, flânant dans les rues de Lille pour m’y perdre consciencieusement.

Je suis une funambule poétique, la rêverie dans son sac à dos, et ses Vans, je parcours des kilomètres, sans but. C’est ma manière de lutter. De lutter passivement contre toutes formes de domination. Le pouvoir ne peut m’atteindre, je n’y participe pas, je suis à côté.

Dans ce monde hiérarchisé, je suis en bas de l’échelle.

1 Comment

  1. Daniel A

    Ouaouh. Vive la funambule poétique! Si vous avez vraiment 15 ans, tous mes encouragements vous accompagnent pour construire votre chemin, le vôtre que vous déciderez seule. La société voudra vous mettre des coups de pied aux fesses mais ce n’est pas grave.Il n’y a que 2 valeurs importantes: Création et émotion. J’attends votre prochain texte avec impatience, et surtout sans aucune dépression.

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